1 enfant toutes les 3 minutes[1]. 160 000 enfants[2] sont victimes de violences sexuelles en France chaque année. Selon la Commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, entre 2017 et 2024, 178 300 personnes ont été mises en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur, soit plus de 22 000 par an. Sur internet, 493 enfants par jour[3] sont filmés, abusés, exposés à la vue des prédateurs sexuels, rien qu’en France.
On pourrait choisir de s’arrêter à ces chiffres sidérants et alarmants. Malheureusement, ils ne s’arrêtent pas là. Dans le monde, 21,3 millions d’enfants sont victimes de la cyber pédocriminalité. Face à eux, 96% sont des hommes[4], et 61% sont des hommes adultes. [5] Et pourtant. Sur les 178 300 personnes mises en cause entre 2017 et 2024, 116 700 n’ont jamais été poursuivies, soit près de deux sur trois. Dans trois cas sur quatre, le motif tient en une formule administrative : l’infraction n’a pas été jugée suffisamment caractérisée. Il signifie que le premier obstacle à la justice des enfants ne se situe pas dans le quantum des peines, mais bien en amont, dans l’établissement des faits. Une peine que l’on n’a pas l’occasion de prononcer peut être alourdie indéfiniment sans qu’aucun enfant en soit mieux protégé.
Le scandale du périscolaire parisien, puis la violence de l’affaire Lyhanna ont provoqué, une nouvelle fois, la colère des Français. 80%[6] d’entre considèrent que le décès de Lyhanna est révélateur d’un mauvais fonctionnement et d’une mauvaise coordination entre les différents services. Seulement 23%[7] des Français sentent que leurs enfants sont en sécurité. Et pourtant, 3 parents sur 4 craignent pour l’avenir de leur enfant[8] lorsqu’il s’agit d’aborder l’ensauvagement de la société.
Le scandale du périscolaire parisien, que ce rapport examine en détail, en donne la seconde illustration. Des dizaines d’animateurs suspendus, une relaxe prononcée dans une affaire concernant neuf fillettes, sept mille encadrants non diplômés sur quatorze mille, et un dispositif de contrôle interne qui s’est révélé incapable de se contrôler lui-même. Là encore, la loi n’était pas absente. Elle était appliquée à la lettre, et elle n’a rien empêché.
De ce double constat découle la thèse que nous défendons. Quelle réponse apporter contre la pédocriminalisation de la société, et notamment dans le périscolaire ? La réponse que nous apportons est globale, holistique et avant tout préventive, en deux volets.
Le premier est celui de l’organisation matérielle du travail auprès des enfants. Aucun des textes adoptés en 2026 ne dit qui auditera les structures accueillant des mineurs, selon quel référentiel ni à quelle fréquence. Aucun ne traite du travail en binôme, des angles morts de la surveillance, de la pénurie d’encadrants ni de la précarité qui l’entretient. C’est pourtant dans cet espace que naissent les conditions concrètes du passage à l’acte.
Le second est celui de la preuve. Nul texte ne s’attaque à la caractérisation de l’infraction, alors même qu’elle constitue le premier motif de classement. Nul texte n’impose au parquet d’exposer ce qu’il a fait avant de classer une affaire concernant un enfant. Nul texte ne prévoit qu’un même nom apparaissant dans plusieurs procédures déclenche la moindre vérification.
Ce rapport s’organise en conséquence. Une première partie établit l’état des lieux de la pédocriminalité en France et les trois grandes limites de la réponse pénale. Une deuxième examine l’affaire Lyhanna et le scandale du périscolaire parisien, puis les réponses politiques engagées depuis 2025 et les enseignements des expériences étrangères. Une troisième partie présente douze propositions, réparties en deux volets. Le premier vise à prévenir le passage à l’acte en agissant sur l’organisation du travail. Le second vise à faire payer les coupables en agissant sur l’établissement de la preuve.
Toutes les trois minutes, un enfant est victime de violences sexuelles en France. Le scandale du périscolaire parisien, puis l’affaire Lyhanna agissent comme de véritables catalyseurs auprès de l’opinion publique. En juin 2026, alors que la France apprend que la petite Lyhanna a été retrouvée morte après un enlèvement puis un viol dont l’auteur présumé était déjà connu de la Justice. Les Français ne comprennent plus ces affaires qui n’auraient pas dû arriver avec un État fort et fonctionnel. Le sursaut des consciences doit amener à des changements forts pour protéger nos enfants.
[1] Campagne nationale de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants, Dossier de presse du gouvernement, 12 septembre 2023 : https://enfance.gouv.fr/sites/enfance/files/2023-09/DP%20Violences%20sexuelles%20faites%20aux%20enfants%20VDEF.pdf
[2] Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), rapport public, novembre 2023 p.20 : https://www.ciivise.fr/le-rapport-public-de-2023
[3] « La pédocriminalité se structure sur les réseaux en véritable communauté industrialisée » Tribune Collectif, 4 juin 2026 Le Monde : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/04/la-pedocriminalite-se-structure-sur-les-reseaux-en-veritable-communaute-industrialisee_6697017_3232.html.
[4] Infostat Justice n°205 « Viol et agression sexuelle sur mineur, quatre personnes mises en cause sur dix sont mineures au moment des faits » SSER : https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2026-03/Infostat_Justice_205_corr.pdf p.2
[5] ibid
[6] Sondage ELABE, Les Français et la Justice, 10 juin 2026 : https://elabe.fr/justice-securite/
[7] ibid
[8] Ibid.
Par Marine Hanounna, Analyste du Millénaire
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Crédit photo : Palais de Justice de Paris, via Wikimedia Commons, sous licence CC BY-SA 4.0

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