Les enjeux français des européennes à 20 jours du scrutin
Écrite à vingt jours des élections européennes du 9 juin 2024, la note retrace trente ans de scrutins européens en France, analyse le rapport de forces entre les blocs et se demande si le vote préfigure une révolution politique en 2027.
Le constat
Trente ans d’abstention élevée et de recul des partis traditionnels aux européennes.
La cause
Un bloc de droite et de droite radicale à 47,5 %, un centre affaibli et une gauche qui ne progresse pas.
La conséquence
Un scrutin de mi-mandat qui pourrait préfigurer l’alternance de 2027.
Avant-propos
Face aux autres pays européens, la France fait office d’exception en ce qui concerne les élections européennes. Souvent perçues par les Français comme synonymes des scrutins aux futiles enjeux, les élections des députés au Parlement Européen demeurent peu suivies, voire méprisées. En effet, le Parlement Européen, institution du triumvirat de l’Union européenne, est jugé au même titre que les institutions bruxelloises, soit hors-sol, technocratique et qui s’accapare des prérogatives au détriment des institutions nationales. En effet, environ la moitié des Français en âge de voter se détournent de cette élection, pour des raisons diverses : une méconnaissance des institutions européennes, une incompréhension des prérogatives des députés européens, et des enjeux qui en découlent ainsi qu’une sensation d’un accaparement progressif et insidieux de fragments de souveraineté nationale.
Dès lors, avant de revenir sur les équilibres politiques français avant le scrutin, rappeler les enjeux des élections européennes à venir, nécessite au préalable de rappeler d’une part les fondements du Parlement Européen, et d’autre part, d’en délimiter les compétences normatives. Par ailleurs, il s’agira d’illustrer concrètement le mode de scrutin, de mettre en exergue les prérogatives réelles des députés européens et, in fine, de rappeler les forces en présence au sein de l’hémicycle.
Les élections européennes seront un scrutin de mi-mandat qui préfigureront la révolution politique de 2027.
Les clés de cette révolution politique seront de trois ordres : la tripartition qui avait émergé à la présidentielle tend de plus en plus vers une bipartition (droites nationales et souverainistes vs. toutes les autres formations politiques), ce qui peut créer les conditions d’une alternance politique (1), la fin du macronisme qui ne succédera pas à Emmanuel Macron (2) et un affaiblissement de la gauche avec néanmoins la renaissance d’une gauche de gouvernement qui témoigne d’un espace politique possible pour les partis de Gouvernement (3).
Matthieu Hocque, Directeur adjoint des Études du Millénaire
Les équilibres au Parlement européen depuis 1992
Une abstention structurelle. En France, l’abstention aux européennes passe de 47 % en 1994 à 53,24 % en 1999, 57 % en 2004 et un record de 59,37 % en 2009, avant de retomber à 49,88 % en 2019.
Le recul des partis traditionnels. De 1994 à 2009, le PPE et les socialistes dominent l’hémicycle. En 2014, pour la première fois, la liste du Front national arrive en tête en France avec 4 712 461 voix.
2019, le retour de l’européisme. La liste du Rassemblement national arrive en tête avec 23,34 %, devant la liste de la majorité présidentielle à 22,42 % et Europe Écologie à 13,48 %. Au Parlement, le PPE et les socialistes perdent leur majorité absolue.
Les enjeux des élections européennes de 2024
Une nationalisation du scrutin. L’élection intervient au milieu du second quinquennat d’Emmanuel Macron, qui ne peut se représenter, et fait figure d’élection de mi-mandat, après la réforme des retraites et la loi Immigration.
Un bloc de droite et de droite radicale largement supérieur. Selon un sondage Ipsos de décembre 2023, les listes de droite et de droite radicale totalisent 47,5 % des intentions de vote, contre 31 % pour la gauche et 19,5 % pour le centre.
Un bloc central affaibli. Seuls 57 % des électeurs d’Emmanuel Macron de 2022 voteraient pour la liste de la majorité ; 22 % iraient à gauche et 20 % à droite.
Une sociologie favorable au RN. Le Rassemblement national est en tête dans toutes les catégories, sauf chez les retraités et les plus diplômés.
des intentions de vote pour les listes de droite et de droite radicale en décembre 2023, contre 31 % pour la gauche.
Les européennes en chiffres
Abstention aux européennes en France (%)
2019 marque le premier vrai recul de l’abstention depuis Maastricht.
Résultats des principales listes en 2019 (%)
Un duel entre le RN et la majorité présidentielle.
Intentions de vote par bloc, décembre 2023 (%)
Jamais l’écart entre les blocs de droite et de gauche n’avait été aussi grand.
Vote des électeurs d’Emmanuel Macron de 2022 (%)
Le bloc central perd des deux côtés.
Les prémices d’une révolution politique ?
Une droite nationale autour de 40 %. L’enjeu pour le RN est d’atteindre un socle suffisant, autour de 30 % pour la liste de Jordan Bardella, pour envisager une alternance en 2027. La question d’une alliance sur le modèle italien reste ouverte.
Un macronisme sans avenir après Macron ? Les résultats de la majorité sont liés à la popularité du président. Le rapport juge que le macronisme, fondé sur le dépassement des clivages, la crédibilité économique et le barrage à l’extrême droite, perd sur ces trois terrains.
Une gauche affaiblie mais une gauche de gouvernement en progression. Le bloc de gauche reste autour de 31 à 33 %. La liste de Raphaël Glucksmann capte en revanche des électeurs de la majorité présidentielle grâce à la clarté de sa position sur l’Ukraine.
Les élections européennes seront un scrutin de mi-mandat qui préfigureront la révolution politique de 2027.
Conclusion
Trois clés pour 2027. La tripartition tend vers une bipartition entre droites nationales et souverainistes et toutes les autres formations, le macronisme ne devrait pas survivre à Emmanuel Macron, et la gauche de gouvernement retrouve un espace.
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Nicolas Citti et Matthieu Hocque
Analyste du Millénaire ; Directeur adjoint des études du Millénaire.
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