9 juin 2024 : les prémices de la révolution politique ?

Note du Millénaire Politique et institutions

Les enjeux français des européennes à 20 jours du scrutin

Écrite à vingt jours des élections européennes du 9 juin 2024, la note retrace trente ans de scrutins européens en France, analyse le rapport de forces entre les blocs et se demande si le vote préfigure une révolution politique en 2027.

NC
Nicolas Citti, Matthieu HocqueAnalyste du Millénaire ; Directeur adjoint des études du Millénaire
23 mai 2024
44 pages · lecture 5 min
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En bref

Le constat

Trente ans d’abstention élevée et de recul des partis traditionnels aux européennes.

La cause

Un bloc de droite et de droite radicale à 47,5 %, un centre affaibli et une gauche qui ne progresse pas.

La conséquence

Un scrutin de mi-mandat qui pourrait préfigurer l’alternance de 2027.

Principaux constats
0159,37 %d’abstention en 2009, le record des européennes en France.
022014la première fois qu’une liste du Front national arrive en tête d’une élection européenne.
0323,34 %pour la liste du Rassemblement national en 2019.
0447,5 %des intentions de vote pour la droite et la droite radicale fin 2023.
0557 %seulement des électeurs d’Emmanuel Macron fidèles à la liste de la majorité.
0636 %des actifs pour la liste du RN selon Ipsos.

Avant-propos

Face aux autres pays européens, la France fait office d’exception en ce qui concerne les élections européennes. Souvent perçues par les Français comme synonymes des scrutins aux futiles enjeux, les élections des députés au Parlement Européen demeurent peu suivies, voire méprisées. En effet, le Parlement Européen, institution du triumvirat de l’Union européenne, est jugé au même titre que les institutions bruxelloises, soit hors-sol, technocratique et qui s’accapare des prérogatives au détriment des institutions nationales. En effet, environ la moitié des Français en âge de voter se détournent de cette élection, pour des raisons diverses : une méconnaissance des institutions européennes, une incompréhension des prérogatives des députés européens, et des enjeux qui en découlent ainsi qu’une sensation d’un accaparement progressif et insidieux de fragments de souveraineté nationale. 

Dès lors, avant de revenir sur les équilibres politiques français avant le scrutin, rappeler les enjeux des élections européennes à venir, nécessite au préalable de rappeler d’une part les fondements du Parlement Européen, et d’autre part, d’en délimiter les compétences normatives. Par ailleurs, il s’agira d’illustrer concrètement le mode de scrutin, de mettre en exergue les prérogatives réelles des députés européens et, in fine, de rappeler les forces en présence au sein de l’hémicycle. 

Les élections européennes seront un scrutin de mi-mandat qui préfigureront la révolution politique de 2027.

Les clés de cette révolution politique seront de trois ordres : la tripartition qui avait émergé à la présidentielle tend de plus en plus vers une bipartition (droites nationales et souverainistes vs. toutes les autres formations politiques), ce qui peut créer les conditions d’une alternance politique (1), la fin du macronisme qui ne succédera pas à Emmanuel Macron (2) et un affaiblissement de la gauche avec néanmoins la renaissance d’une gauche de gouvernement qui témoigne d’un espace politique possible pour les partis de Gouvernement (3).

Matthieu Hocque, Directeur adjoint des Études du Millénaire

Les équilibres au Parlement européen depuis 1992

Une abstention structurelle. En France, l’abstention aux européennes passe de 47 % en 1994 à 53,24 % en 1999, 57 % en 2004 et un record de 59,37 % en 2009, avant de retomber à 49,88 % en 2019.

Le recul des partis traditionnels. De 1994 à 2009, le PPE et les socialistes dominent l’hémicycle. En 2014, pour la première fois, la liste du Front national arrive en tête en France avec 4 712 461 voix.

2019, le retour de l’européisme. La liste du Rassemblement national arrive en tête avec 23,34 %, devant la liste de la majorité présidentielle à 22,42 % et Europe Écologie à 13,48 %. Au Parlement, le PPE et les socialistes perdent leur majorité absolue.

Les enjeux des élections européennes de 2024

Une nationalisation du scrutin. L’élection intervient au milieu du second quinquennat d’Emmanuel Macron, qui ne peut se représenter, et fait figure d’élection de mi-mandat, après la réforme des retraites et la loi Immigration.

Un bloc de droite et de droite radicale largement supérieur. Selon un sondage Ipsos de décembre 2023, les listes de droite et de droite radicale totalisent 47,5 % des intentions de vote, contre 31 % pour la gauche et 19,5 % pour le centre.

Un bloc central affaibli. Seuls 57 % des électeurs d’Emmanuel Macron de 2022 voteraient pour la liste de la majorité ; 22 % iraient à gauche et 20 % à droite.

Une sociologie favorable au RN. Le Rassemblement national est en tête dans toutes les catégories, sauf chez les retraités et les plus diplômés.

47,5 %

des intentions de vote pour les listes de droite et de droite radicale en décembre 2023, contre 31 % pour la gauche.

Sondage Ipsos-Fiducial pour Sud Radio, cité par la note
Explorer les données

Les européennes en chiffres

Abstention aux européennes en France (%)

199447 %199953,24 %200457 %200959,37 %201457 %201949,88 %
Lecture

2019 marque le premier vrai recul de l’abstention depuis Maastricht.

Source : note du Millénaire, d’après le ministère de l’Intérieur et Ipsos

Les prémices d’une révolution politique ?

Une droite nationale autour de 40 %. L’enjeu pour le RN est d’atteindre un socle suffisant, autour de 30 % pour la liste de Jordan Bardella, pour envisager une alternance en 2027. La question d’une alliance sur le modèle italien reste ouverte.

Un macronisme sans avenir après Macron ? Les résultats de la majorité sont liés à la popularité du président. Le rapport juge que le macronisme, fondé sur le dépassement des clivages, la crédibilité économique et le barrage à l’extrême droite, perd sur ces trois terrains.

Une gauche affaiblie mais une gauche de gouvernement en progression. Le bloc de gauche reste autour de 31 à 33 %. La liste de Raphaël Glucksmann capte en revanche des électeurs de la majorité présidentielle grâce à la clarté de sa position sur l’Ukraine.

Les élections européennes seront un scrutin de mi-mandat qui préfigureront la révolution politique de 2027.

Conclusion

Trois clés pour 2027. La tripartition tend vers une bipartition entre droites nationales et souverainistes et toutes les autres formations, le macronisme ne devrait pas survivre à Emmanuel Macron, et la gauche de gouvernement retrouve un espace.

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Le rapport complet

9 juin 2024 : les prémices de la révolution politique ?

44 pages.

Citer cette note

Citti N., Hocque M., « 9 juin 2024 : les prémices de la révolution politique ? », Note du Millénaire, 23 mai 2024, lemillenaire.org.

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L’auteur

Nicolas Citti et Matthieu Hocque

Analyste du Millénaire ; Directeur adjoint des études du Millénaire.

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Crédit photo : A birdlike view of the plenary chamber par Kovacs Gabor, via Flickr, sous license Attribution-NonCommercial-NoDerivs 2.0 Generic

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