5 ans après la crise sanitaire : quelles conséquences économiques ?

Note du Millénaire Économie et Finances

La France devenue addict à l’argent magique ?

Cinq ans après le séisme de la COVID-19, la note interroge l’héritage du « quoi qu’il en coûte ». Elle y voit une dépendance à l’intervention publique, une dette en forte hausse et un frein aux réformes. Elle propose une stratégie fondée sur la maîtrise des dépenses, la simplification et le soutien à l’entrepreneuriat.

CP
Clément PerrinSecrétaire général du Millénaire
21 avril 2025
47 pages · lecture 8 min
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Couverture de la note : 5 ans après la crise sanitaire : quelles conséquences économiques ?
En bref

Le constat

Le « quoi qu’il en coûte » a évité l’effondrement en 2020 mais laisse une dette de 3 305,3 milliards d’euros fin 2024.

La cause

Une réponse publique massive, sans réformes structurelles, dans une économie déjà en retard industriel.

La conséquence

Des charges d’intérêt proches de 60 milliards d’euros en 2025 et des marges de manœuvre réduites.

Principaux constats
01160 Md€de PGE alloués, au bénéfice de plus de 673 000 entreprises.
021 000 Md€de dette publique en plus depuis 2017, dont 400 depuis 2022.
0360 Md€de charges d’intérêt possibles en 2025.
0471 %des médicaments utilisés en France sont importés selon l’ANSM.

Avant-propos

Au-Delà de l’Illusion du « Quoi Qu’Il En Coûte » : Radiographie d’une Économie Dépendante à la dépense publique 

Cinq années séparent l’économie française du séisme de la COVID-19. L’urgence sanitaire a conduit à une réponse d’une célérité inédite, contrastant fortement avec la lenteur observée lors de la crise de la dette souveraine. La doctrine du « quoi qu’il en coûte » a été rapidement déployée, mobilisant des moyens financiers considérables.

Cependant, cette réactivité a masqué un risque majeur : l’installation d’une dépendance systémique à l’intervention publique, entravant la capacité de l’économie à se réformer et à s’adapter durablement. Si les Prêts Garantis par l’État (PGE), le Fonds de Solidarité, l’activité partielle et les exonérations de charges sociales ont permis d’éviter un effondrement immédiat, leur coût à long terme mérite d’être examiné.

Le rapport de la Cour des comptes, soulignant les dérives des dépenses publiques en 2024, met en lumière les conséquences d’une politique budgétaire laxiste. L’augmentation du déficit, même en l’absence de récession, témoigne d’un problème structurel. Les agences de notation financière ont, à juste titre, exprimé leurs inquiétudes, reflétant les doutes quant à la crédibilité de la trajectoire budgétaire de la France.

L’endettement public a atteint des niveaux sans précédent. Entre 2017 et 2024, la dette a augmenté de plus de 1 000 milliards d’euros, dont 400 milliards depuis 2022 sans aucun lien avec la crise sanitaire. En 2025, les charges d’intérêt pourraient engloutir 60 milliards d’euros, réduisant d’autant les marges de manœuvre pour financer les services publics et les investissements d’avenir.

Alors que nos voisins européens parviennent à réduire leur déficit, la France semble s’enfoncer dans une spirale d’endettement. Cette situation compromet la compétitivité de notre économie et nous expose à des risques financiers majeurs.

La situation est d’autant plus grave que les entreprises se sont habituées aux aides publiques, perdant leur autonomie et leur capacité d’innovation. Il est temps de redéfinir le rôle de l’État, en favorisant l’investissement privé et la création d’emplois.

Pour sortir de cette impasse, il est impératif de mettre en œuvre des réformes structurelles ambitieuses. Ce rapport analyse la situation économique de la France, les mesures prises pendant la crise, les impacts à court et à long terme, ainsi que les transformations des habitudes de consommation. Une stratégie alternative, est possible, fondée sur la maîtrise des dépenses publiques, la simplification du système fiscal et le soutien à l’entrepreneuriat.

Les mesures de 2020 et le « quoi qu’il en coûte »

Des confinements stricts. Le premier confinement national court du 17 mars au 11 mai 2020. Au total, la France connaît 111 jours de confinement strict et 38 jours de confinement assoupli, et 155 soirées de couvre-feu.

Un soutien massif. Le « quoi qu’il en coûte » est lancé par Emmanuel Macron en mars 2020. Plus de 160 milliards d’euros de prêts garantis par l’État (PGE) profitent à plus de 673 000 entreprises. Le Fonds de solidarité distribue environ 34 milliards d’euros, l’activité partielle mobilise environ 35 milliards et les exonérations de charges 10 milliards.

Deux plans de relance. France Relance atteint 100 milliards d’euros, répartis entre écologie (30 milliards), compétitivité (34 milliards) et cohésion des territoires (36 milliards). France 2030 représente 54 milliards d’euros. Le coût total du « quoi qu’il en coûte » est estimé entre 170 et 240 milliards d’euros selon les sources.

1 000

milliards d’euros : hausse de la dette publique depuis 2017, dont 400 milliards depuis 2022 sans lien avec la crise sanitaire.

Note, p. 2
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La crise en chiffres

Principales aides de 2020 (en milliards d’euros)

PGEplus de 160Activité partielleenviron 35Fonds de solidaritéenviron 34Exonérations de charges10
Lecture

Le PGE dépasse 160 milliards d’euros, devant l’activité partielle (35), le Fonds de solidarité (34) et les exonérations de charges (10).

Note, p. 9 à 13, 29, 31 : ministère de l’Économie, INSEE

Premiers impacts et réaction des entreprises

Un choc historique. Le PIB français recule de 7,9 % en 2020 selon l’INSEE, contre 6,6 % pour la zone euro. Le déficit passe de 3 % du PIB en 2019 à 9,2 % en 2020, soit 212 milliards d’euros. La dette atteint 113 % du PIB, contre 98 % avant la crise.

Des ménages qui épargnent. La consommation baisse de 7,0 % en 2020, l’épargne bondit de 90 milliards d’euros et le taux d’épargne atteint 24 % du revenu au premier semestre 2020, contre 15 % en 2019. Le taux d’occupation des hôtels tombe à 14,6 % en avril 2020.

Une accélération du numérique. 60 % des salariés travaillent à distance au moins une fois par semaine en mai 2020, contre 10 % avant la crise. Les ventes en ligne atteignent 112 milliards d’euros en 2020 puis 129 milliards en 2021 selon la Fevad. L’activité retrouve son niveau d’avant crise au troisième trimestre 2021.

Politique monétaire, entreprises et emploi

Des armes non conventionnelles. La BCE lance le programme PEPP, doté de 750 milliards d’euros puis porté à 1 850 milliards en décembre 2020. Entre mars 2020 et mars 2022, elle absorbe plus de 25 % de la dette publique émise par les États de la zone euro. Le bilan de la Fed passe de 4,1 à près de 9 trillions de dollars. La note en tire un risque de dépendance des États à la liquidité des banques centrales et un retour du spectre de la stagflation dès 2022.

Entreprises « zombies » et PGE. Environ un tiers des entreprises françaises ont eu recours au PGE. Selon l’analyse citée, leur dette nette est restée stable et leur taux de faillite est inférieur à 1 %. En 2014, les entreprises zombies représentaient environ 2,5 % des PME. La note estime que la France ne souffre pas d’un problème majeur de zombification.

Chaînes d’approvisionnement. 76 % des entreprises européennes ont subi des perturbations en 2024. Pourtant, 94 % des dirigeants français indiquent que la relocalisation n’est pas à l’ordre du jour en 2025.

Marché du travail. Le chômage atteint un pic de 9 % au troisième trimestre 2020 et s’établit à 7,3 % fin 2024. Le nombre de personnes sans emploi qui n’en cherchent pas activement atteint 2 millions.

Cinq années séparent l’économie française du séisme de la COVID-19.

Le bilan de 2025

Une dette record. Fin 2024, la dette publique atteint 3 305,3 milliards d’euros, soit environ 113 % du PIB, avec une hausse de 202,7 milliards sur l’année. Le déficit 2024 s’établit à 5,8 % du PIB, contre 6 % anticipés par le gouvernement. Les charges d’intérêt devraient approcher 60 milliards d’euros en 2025.

Une croissance qui s’essouffle. La croissance est de 6,8 % en 2021, puis d’environ 1,1 % en 2024. La Banque de France a ramené sa prévision 2025 de 0,9 % à 0,7 %.

Les effets du « quoi qu’il en coûte ». La note juge que la politique a créé une dépendance à l’argent public, maintenu en vie des entreprises non viables et retardé les réformes structurelles. Elle cite la Cour des comptes, qui qualifie la situation des finances publiques de « préoccupante ».

Une autre voie : les pistes proposées

Produire en France. Le plan France Relance a permis 155 relocalisations entre 2020 et 2023, contre une dizaine par an dans la décennie précédente. La note demande une politique industrielle active et des investissements ciblés.

Réformer l’État (1 à 5). 1. Décentralisation et déconcentration. 2. Modernisation de l’administration publique. 3. Gestion axée sur les résultats. 4. Simplification administrative. 5. Transformation du modèle social, avec simplification des normes et baisse de la fiscalité.

Restructurer la politique sociale (1 à 4). Les dépenses sociales représentent environ 31 % du PIB en 2019, contre 20 % en moyenne dans l’OCDE. 1. Simplification administrative. 2. Ciblage des aides. 3. Réforme fiscale, avec moins de cotisations sociales. 4. Investissement dans la prévention.

Réformer le marché du travail (1 à 3). 1. Flexibilisation des contrats de travail. 2. Réforme de la formation professionnelle. 3. Simplification des réglementations.

Réduire la dépendance (1 à 4). 1. Diversifier les chaînes d’approvisionnement. 2. Investir dans la production nationale. 3. Développer des stocks stratégiques. 4. Promouvoir l’innovation. La note vise l’armement, la cybersécurité, l’alimentaire, l’énergie, les semi-conducteurs et les médicaments, dont environ 71 % sont importés selon l’ANSM.

Conclusion

La note reconnaît que les PGE, le Fonds de solidarité et l’activité partielle ont évité un effondrement immédiat. Elle en conteste le coût et l’efficacité à long terme, doute de France Relance et de France 2030, et plaide pour des réformes structurelles : maîtrise des dépenses, compétitivité des entreprises et création d’emplois.

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Le rapport complet

5 ans après la crise sanitaire : quelles conséquences économiques ?

47 pages.

Citer cette note

Perrin C., « 5 ans après la crise sanitaire : quelles conséquences économiques ? », Note du Millénaire, 21 avril 2025, lemillenaire.org.

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Clément Perrin

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