Pierre Clairé pour Atlantico : « Élections allemandes: Quelles conséquences pour la France et l’Europe ? »

Maintenant que le résultat définitif des élections fédérales allemandes est connu, les principaux partis politiques allemands sont entrés en négociation pour déterminer le nouveau gouvernement de l’après-Merkel. Pourtant les différentes configurations possibles ne risquent pas d’avoir les mêmes conséquences pour la France et l’Europe et si l’on peut affirmer que tous les partis en mesure de faire partie du gouvernement sont européens, des divergences existent.

Chaos total

Pour la première fois de l’histoire, deux partis se disent capable de former un gouvernement, les Socio-démocrates d’Olaf Scholz (SPD) qui ont obtenu 206 sièges au Bundestag et les Conservateurs d’Armin Laschet (CDU/CSU) ayant obtenu 196 sièges. La gauche radicale n’ayant pas dépassé les 5%, il est impossible de les voir rejoindre une coalition Gauche-Gauche-Verts comme certains le pensaient. Cette situation rend les choses d’autant plus complexes tant les divergences sont fortes entre les autres partis. Alors que les sondages d’opinion tablaient sur une large défaite de Laschet, celui-ci est parvenu à sauver les apparences et peut prétendre accéder à la chancellerie, ce qui ne simplifie rien. Les Verts et les Libéraux du FDP seront ardemment courtisés durant ces prochaines semaines tant ils apparaissent comme des faiseurs de roi. 

L’option la plus simple serait une reconduction de la grande coalition actuelle avec un remaniement. En effet, Conservateurs et Socio-démocrates ont obtenus ensemble plus de 371 sièges, ce qui leur permettrait de gouverner. Les rapports de force après les élections sont différents, Olaf Scholz pourrait prétendre á la chancellerie, dans ce cas de figure. Cette possibilité ne plait pas à Armin Laschet, qui a obtenu le pire score de l’histoire de son parti et qui doit accéder au poste de Chancelier pour être en mesure de sauver sa tête. Olaf Scholz n’est pas partisan de cette option, lors du dernier débat télévisé avant les élections il a parlé de “lassitude” des Allemands et dit que les Conservateurs devaient retourner dans l’opposition. Mais au soir de sa victoire, il a omis de parler de ses rivaux de l’union CDU/CSU…

Une autre possibilité serait de voir la création d’une coalition dite « Jamaïque », entre les Conservateurs, les Libéraux et les Verts. Cette option est celle privilégiée par Laschet et par le FDP, leur chef de file a d’ailleurs publiquement annoncé vouloir avant tout négocier avec la Droite. Le principal obstacle existant est le très bon score des Verts, qui frôlent les 15% des voix et semblent privilégier la formation d’un gouvernement progressiste, qui exclurait le CDU/CSU. Il faut aussi se souvenir que des négociations semblables avaient eu lieu après les élections de 2017 et qu’une telle coalition n’avait jamais vu le jour. 

La dernière possibilité est la coalition en “Feu tricolore” entre les Socio-démocrates, Verts et Libéraux. C’est la première option qui sera étudiée par Olaf Scholz car il est arrivé en tête du scrutin de dimanche et le président de la République fédérale allemande va donc lui confier la tâche de former un gouvernement. Mais les Libéraux ne semblent pas vouloir traiter avec les Socio-démocrates dans un premier temps, privilégiant la formation d’un gouvernement conjointement avec les Conservateurs. 

Conséquences possibles pour la France

Paradoxalement, Olaf Scholz semble être le candidat le plus proche d’Angela Merkel et ainsi pourrait mieux s’entendre avec les dirigeants français. En effet, l’ancien maire d’Hambourg et actuel ministre des Finances d’Angela Merkel est habitué à traiter avec Bruno Le Maire et Emmanuel Macron. Il a joué un rôle dans les négociations du plan de relance européen de 2020, il veut revenir sur l’orthodoxie budgétaire européenne et a fait campagne pour la promotion d’un salaire minimum en Allemagne et en Europe. Pour résumer, ces vues sont proches de celles défendues à Paris, ce qui pourrait être positif s’il venait à accéder à la chancellerie. Scholz a d’ailleurs déclaré que sa première visite officielle en tant que chef de gouvernement se ferait à Paris alors que Laschet n’a pas voulu répondre clairement à cette question. 

Armin Laschet quant à lui veut un retour à l’orthodoxie budgétaire stricte après 2023 qui correspond à la fin des mesures d’assouplissement du pacte de stabilité décidées durant la crise du coronavirus. Laschet pourrait se montrer beaucoup moins conciliant avec la France et il ne met pas l’accent sur l’investissement et la souveraineté nationale comme son rival social-démocrate. Tout cela n’est pas insurmontable pour la France, cela pourrait seulement signifier un retour à des relations franco-allemandes comme nous les connaissions avant 2020, un retour à la normale qui pourrait avoir un impact sur la politique européenne… 

Dans ce brouhaha, il ne faut pas oublier les Verts et les Libéraux qui ont eu aussi des avis divergents sur la question européenne. Les écologistes sont relativement proches du SPD sur ces questions, même s’ils sont d’avantages partisans d’une Europe fédérale et qu’ils sont plus offensifs pour les questions diplomatiques, pour autant, ils ne devraient pas poser trop de problèmes à la France. Pour les Libéraux c’est une autre histoire sachant qu’ils ont annoncé vouloir obtenir le ministère des finances et veulent un retour à l’orthodoxie budgétaire.

Des négociations qui s’annoncent longues : se dirige-t-on vers une paralysie à Bruxelles ?

Dans tous les cas, Angela Merkel risque de demeurer encore la Chancelière allemande durant quelques semaines voire quelques mois afin d’expédier les affaires courantes. Lors des dernières élections fédérales, il avait fallu attendre plus de cinq mois pour la formation d’un nouveau gouvernement et même si Olaf Scholz a déclaré dimanche soir vouloir former un gouvernement avant Noël, rien n’est sûr. Ce qui est certain c’est que les négociations vont prendre énormément de temps et que le futur chancelier n’aura pas la même légitimité que la chancelière sortante, ayant été élu avec un total de voix extrêmement faible en comparaison avec les scores de Merkel.

Lors du dernier discours sur l’État de l’Union, Ursula Von der Leyen a parlé de souveraineté européenne ou de politique industrielle, des termes n’appartenant pas au vocabulaire des dirigeants allemands, ainsi on pourrait penser à un changement de paradigme à Bruxelles. Mais si Angela Merkel reste en place pendant encore de longues semaines, aucune décision importante ne sera prise par son gouvernement et surtout pas en termes de politique européenne. Certains à Bruxelles veulent attendre la formation du nouveau gouvernement allemand pour avancer ce qui ne présage rien de bon à l’approche de la Présidence française du Conseil et sachant que des décisions importantes vont rapidement devoir être prises à Bruxelles.

Les élections allemandes pourraient ainsi indirectement avoir un effet sur la politique européenne…

Par Pierre Clairé, analyste du Millénaire

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