Vaincre la crise des urgences

Note du Millénaire Santé

6 propositions pour vaincre la crise des urgences

Fermetures de services, manque de médecins, lits supprimés : les urgences symbolisent la crise de nos services publics. Denis Nicolaï présente l’organisation du système d’urgences, le compare à ceux de l’Allemagne et de la Suisse et formule six propositions pour un service public des urgences efficace.

DN
Denis NicolaïAnalyste du Millénaire
8 janvier 2024
31 pages · lecture 5 min
Écouter l’articleLecture audio du texte, environ 4 min
0:00 / 0:00
Couverture de la note : Vaincre la crise des urgences
En bref

Le constat

Plus d’un service d’urgence sur cinq en difficulté à l’été 2022, et des grèves qui se succèdent.

La cause

Des lits fermés par dizaines de milliers, un manque de médecins et des passages aux urgences qui ont doublé en trente ans.

La conséquence

Six propositions : débureaucratiser, augmenter et mieux répartir le temps médical, fluidifier la régulation.

Principaux constats
0120 %des services d’urgence étudiés en fermeture partielle, en accès régulé ou fermés en juin 2022.
02-16 %de lits d’hôpital en vingt ans, de 460 000 à 385 000.
0321 millionsde passages aux urgences en 2023, contre moins de 10 millions en 1993.
0490 %des hôpitaux en tension manquent de personnel médical.
05400 000personnes âgées font chaque année une chute nécessitant une intervention en urgence.
0638 %seulement des médecins participent à la régulation de la permanence des soins.

Avant-propos

Depuis la crise sanitaire, il n’est plus possible pour les Français d’affirmer que leur système de santé est le meilleur du monde. En effet, la crise sanitaire a mis en avant nos dépendances stratégiques sur des produits vitaux tels que les masques, le matériel respiratoire ou encore les médicaments. Face à l’afflux de patients, les urgences n’ont pu tenir que grâce au dévouement des soignants.  Depuis, les grèves dans les urgences se succèdent sans que ne soit trouvée une solution.

En effet, il y a en France un manque dramatique de médecins tant généralistes que spécialistes. La pandémie de la COVID-19 a révélé en plus un inquiétant sous dimensionnement des services hospitaliers publics et plus particulièrement des services d’urgence de de réanimation. Ce sous dimensionnement est autant structurel qu’humain. Un nombre important de services ont été fermés et les postes supprimés en conséquence.

Le numérus clausus institué en 1971 (mais réellement appliqué à partir de mai 1980) est une des causes principale de cet état de fait. Aujourd’hui, il y a un tel retard démographique et il y a un tel délai entre l’arrêt (ou presque) du numérus clausus et l’arrivée effective de médecins fonctionnels (durée des études entre 9 et 12 ans selon les spécialités) que nous ne serons pas en capacité avant les années 2030 à 2035. D’autant plus qu’il faudra composer avec de nouvelles générations de médecins qui travailleront moins que les générations précédentes, certains médecins pouvant effectuer près de 70 heures par semaine. Cette note vise à présenter l’organisation de notre système d’urgences (I), les problèmes rencontrés en les comparant aux autres systèmes d’urgence occidentaux (II) pour identifier les ressorts d’un service public des urgences efficace (III).

Des urgences en tension dans toute la France

Des services qui ferment. Sur les 446 services d’urgence couverts par une enquête de la Direction générale de l’offre de soins au 23 juin 2022, 49 étaient en fermeture partielle, 34 en accès régulé et 6 totalement fermés, soit plus de 20 %. Selon la FHF, la situation de 41 % des services s’est dégradée en 2022.

Un manque de personnel et de lits. 90 % des hôpitaux en tension manquent de personnel médical et 47 % de personnel non médical ; 32 % cumulent manque de personnel et manque de lits d’aval.

Un paradoxe français. La France consacre 9 % de son PIB à la santé, alors que la qualité du service des urgences se dégrade sur presque tout le territoire.

Des lits fermés par dizaines de milliers

Une baisse continue. En vingt ans, le nombre de lits d’hôpital est passé de 460 000 à 385 000, une baisse de 16 %, alors que la population a vieilli et augmenté de sept millions de personnes. La note y voit d’abord des motivations financières : en 2019, les hôpitaux ont dû économiser un milliard d’euros.

La crise sanitaire a aggravé la tendance. 5 700 lits ont été fermés en 2020, contre 3 400 en 2019, cette fois faute de personnel. Le Ségur de la santé et le déblocage de 50 millions d’euros pour rouvrir 4 000 lits sont jugés timides et tardifs.

21 millions

de passages aux urgences en 2023, contre moins de 10 millions en 1993. Il pourrait y en avoir près de 30 millions d’ici 2030.

Note du Millénaire, p11

Une crise encore devant nous

Plus de besoins. Le vieillissement multiplie les chutes : près de 400 000 personnes âgées font chaque année une chute qui donne lieu à une intervention en urgence. Les maladies chroniques augmentent aussi les flux.

Moins de temps médical. Le numerus clausus a comprimé la démographie médicale, et les nouvelles générations de médecins travailleront moins que leurs aînés. Depuis 2002, la suppression de l’obligation de garde des médecins libéraux a érodé la permanence des soins.

la crise des urgences est bel et bien devant nous

Chez nos voisins

Allemagne. Les médecins de ville conventionnés sont tous tenus de participer à la médecine de garde, organisée dans des structures centralisées joignables au 116 117. Dans le Bade-Wurtemberg, la réforme vise à limiter à 7 le nombre annuel de gardes de week-end, contre jusqu’à 20 auparavant pour un médecin de campagne.

Suisse. Un numéro unique, le 144, existe depuis 1999. La participation à la médecine de garde est obligatoire pour tous les médecins, et des cabinets de garde installés au sein des hôpitaux désengorgent les urgences des cas non vitaux.

Explorer les données

Les urgences sous pression

Passages aux urgences (millions)

2023plus de 21 millions1993moins de 10 millions2030 (projection)près de 30 millions
Lecture

Le nombre de passages a plus que doublé en trente ans, sans que la population ait doublé.

Note du Millénaire, p4-6 et p11

6 propositions pour vaincre la crise des urgences

Débureaucratiser les urgences. Proposition 1 : supprimer les ARS. Proposition 2 : amplifier le recours au numérique, dans le prolongement du Ségur du numérique, pour libérer du temps médical.

Augmenter le temps médical et mieux le répartir sur le territoire. Proposition 3 : réinstaurer l’obligation de permanence des soins pour les généralistes, supprimée en 2002. Proposition 4 : développer les maisons médicales de garde, alors que seuls 38 % des médecins participent à la régulation.

Fluidifier la régulation des urgences. Proposition 5 : démultiplier les offres de transport selon les niveaux d’urgence, avec les taxis et les ambulances, en réservant le SMUR aux urgences vitales. Proposition 6 : investir dans le grand âge pour éviter les chutes, avec un plan de maintien à domicile estimé à près de 4 milliards d’euros par le rapport Guedj.

Couverture du rapport
Le rapport complet

Vaincre la crise des urgences

31 pages.

Citer cette note

Nicolaï D., « Vaincre la crise des urgences », Note du Millénaire, 8 janvier 2024, lemillenaire.org.

Feuilleter la note
L’auteur

Denis Nicolaï

Analyste du Millénaire.

Toutes ses publications
Presse

Demander une interview

Pour une interview de Denis Nicolaï sur cette note : presse@lemillenaire.org

Contacter le service presse
Soutenir nos travaux

Faire vivre nos études

Vos dons et vos adhésions financent les prochaines notes du Millénaire.

Nous soutenir   Adhérer

Recevoir les prochaines notes du Millénaire

À lire aussi

Toutes les études

Crédit Photo :  Opération, Hôpital, Docteur, sasint, sous license Pixabay.

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.