Bilan de 2023 et six projets à remporter
Un an après une première étude, Guillaume Gau fait le bilan des grandes implantations industrielles gagnées et perdues par la France en 2023, détaille les six projets de méga-usines à ne pas rater en 2024 et propose des pistes pour améliorer l’attractivité du pays.
Le constat
Une France plus désindustrialisée que ses voisins, en compétition pour les grands investissements industriels étrangers.
La cause
Trois victoires en 2023 (Prologium, Novo Nordisk, Holosolis), mais les deux projets les plus structurants perdus (BYD, TSMC).
La conséquence
Remporter les six projets de 2024 : préserver la politique de l’offre, libérer du foncier, sécuriser juridiquement les projets et valoriser l’atout nucléaire.
Avant-propos
En février 2023, l’étude « Méga-usines : 5 grandes implantations industrielles que la France ne doit pas rater en 2023 » était publiée. Alors que la France avait vu de gros projets industriels lui passer sous le nez au cours des années précédentes (Tesla, Intel), de nouvelles grandes implantations industrielles sont à l’étude en Europe et la France ne devait pas rater « la séance de rattrapage ».
Un an plus tard, cette nouvelle étude vise à :
- faire le bilan de l’année 2023 concernant l’implantation de « méga-usines » en France : les victoires, les défaites et les batailles annulées ou reportées ;
- détailler les 6 grandes implantations industrielles que la France ne doit pas rater en 2024 ;
- faire le point sur les mesures prises pour l’attractivité de la France concernant les grandes implantations industrielles et proposer des pistes d’amélioration.
La France a aujourd’hui d’autant plus besoin d’accueillir les prochaines « méga-usines » prévues en Europe qu’elle s’est nettement plus désindustrialisée que ses voisins européens. Je précise que je n’oppose pas l’accueil d’investissements industriels étrangers au soutien au tissu industriel national existant : notre pays doit jouer sur les deux tableaux s’il veut remonter la pente. Accueillir les grands investissements industriels à venir en Europe permettrait à la France de :
- conserver une taille critique industrielle pour réduire l’écart qui s’est creusé avec nos partenaires européens
- réduire son empreinte carbone en produisant sur son sol plutôt qu’en important,
- réduire notre déficit commercial massif,
- et gagner en souveraineté industrielle.
Dans cette étude, nous définissons « méga-usine », gigafactory ou investissement industriel étranger de grande taille de cette façon : un projet industriel supérieur à 500 M€ porté par des capitaux majoritairement étrangers faisant l’objet d’une compétition entre pays pour l’accueillir.
Bilan de 2023 : trois victoires, deux défaites
Les victoires. Le taïwanais Prologium a choisi Dunkerque pour une usine de batteries de 5,2 milliards d’euros et 3 000 emplois, face aux Pays-Bas et à l’Allemagne, avec une subvention de 1,5 milliard d’euros. Novo Nordisk investit 2,1 milliards d’euros à Chartres (500 emplois) plutôt qu’en Irlande. Holosolis investit 710 millions d’euros à Hambach, en Moselle, dans l’une des plus grandes usines de panneaux photovoltaïques d’Europe (1 700 emplois).
Les défaites. BYD, numéro un mondial des véhicules électriques, a choisi la Hongrie. TSMC investit 10 milliards d’euros à Dresde et crée 2 000 emplois, sans que la France semble avoir été sérieusement envisagée.
Les batailles qui n’ont pas eu lieu. Vinfast et Samsung ont repoussé leurs projets d’usine européenne.
Un bilan mitigé. La France gagne davantage d’arbitrages, mais a perdu les deux annonces les plus structurantes de l’année.
Dans les puces, l’Allemagne plie le match.
Six implantations à ne pas rater en 2024
Moderna. L’entreprise veut construire sa première usine de l’Union en France, pour un investissement d’un milliard d’euros, mais demande à l’État de s’engager sur des achats de long terme, comme au Royaume-Uni.
Tesla. Une usine d’assemblage, de batteries, de megapacks ou de panneaux solaires pourrait être implantée en Europe. La France serait dans la course, avec l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie.
Skeleton Technologies. L’estonien hésite entre l’Allemagne, la Finlande et la France pour une usine de 550 millions d’euros.
Alteo-Wscope et Umicore. Un projet de 600 millions d’euros d’usine de séparateurs de batteries dans les Hauts-de-France, et une usine de recyclage de batteries de 500 millions d’euros disputée avec la Flandre belge.
L’usine européenne d’un constructeur chinois. SAIC MG pourrait s’installer en Moselle, Chery vise l’Espagne en priorité, Great Wall Motors ne semble pas considérer la France.
d’investissements et près de 5 500 emplois en jeu dans les six grands projets industriels dont l’implantation devrait être décidée en 2024.
Des mesures prises
La politique de l’offre. Impôt sur les sociétés ramené de 33 % à 25 % entre 2017 et 2022, CICE, baisse de 18 milliards d’euros des impôts de production et réformes du marché du travail ont amélioré la position de la France dans les comparaisons des industriels.
La loi industrie verte. Promulguée le 23 octobre 2023, elle vise à ramener les délais d’autorisation environnementale de 17 à 9 mois, alors qu’ils étaient de 8 mois en Allemagne, et crée une procédure exceptionnelle pour les projets d’intérêt national majeur.
Les sommets Choose France. La note y voit un outil de soft power efficace, salué par la presse et par un rapport britannique, qu’il faut pérenniser même en cas d’alternance.
Mais une attractivité encore à améliorer
Des menaces sur la politique de l’offre. La réduction des allègements de charges au-delà de 2,5 SMIC pèsera surtout sur l’industrie, et l’écart d’impôts de production reste de l’ordre de 30 milliards d’euros avec la moyenne européenne et de 60 milliards avec l’Allemagne. La note juge prioritaire la suppression de la C3S (4 milliards d’euros).
Foncier et sécurité juridique. La France aurait besoin de 20 000 hectares de terrains industriels d’ici 2030. La note soutient la généralisation d’un contrat d’implantation garantissant la stabilité des règles pendant cinq ans et un ministère de la Réindustrialisation.
L’atout nucléaire à préserver. L’électricité française émet 53 gCO2eq/kWh contre 414 en Allemagne, mais l’accord entre l’État et EDF sur les prix après 2026 inquiète les industriels.
Conclusion. Attirer trois des six projets serait un très beau résultat, alors que l’industrie manufacturière ne pèse plus que 9,5 % du PIB en 2022.
La France dans la course aux méga-usines
Poids de l’industrie manufacturière dans le PIB en 2022 (%)
La France s’est nettement plus désindustrialisée que ses voisins.
Investissements remportés en 2023 (Md€)
La vallée de la batterie des Hauts-de-France remporte le plus gros projet de l’année.
Investissements dans les semi-conducteurs (Md€)
Un rapport de 1 à 6 en faveur de l’Allemagne.
Intensité carbone de l’électricité (gCO2eq/kWh)
Le nucléaire donne à la France l’une des électricités les plus décarbonées d’Europe, un atout décisif pour les investisseurs.
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