Pays double champion du monde, finaliste de la dernière Coupe du monde et désormais porté par un PSG vainqueur de la Ligue des champions, la France s’impose comme l’une des grandes puissances du football contemporain. Ce palmarès place le football français au centre de l’attention mondiale et confirme la qualité exceptionnelle de sa formation comme de ses meilleurs clubs. Son dernier parcours à la Coupe du monde 2026 a illustré cet éclat, tout en présentant des fragilités.
Alors que Zinedine Zidane sera le prochain sélectionneur de l’Équipe de France, le nouveau sélectionneur disposera d’un socle de joueurs figurant parmi les meilleurs du monde. Pour autant, ce socle contraste avec la fragilité structurelle du modèle domestique : la France est la première nation formatrice du monde : 3,98 milliards d’euros de recettes de transferts sur dix ans[1], premier rang mondial, devant le Brésil, l’Espagne et le Portugal, mais son championnat professionnel ne perçoit que 500 millions d’euros de droits TV annuels, contre 3,2 à 4 milliards pour la Premier League.
Ainsi, la France est devenue une forme de « Chine du foot », l’usine du monde du football dotée d’un fort capital humain et exportateur. Mais, derrière cette capacité d’exportation forte, se cache une myriade de problématiques économiques (dépendance des clubs français à l’exportation, montée de gamme insuffisante des clubs français, etc.), footballistiques (formation stéréotypée, faiblesse de la formation sur certains anciens points forts du football français, à savoir le milieu de terrain) et socio-culturelles (conséquences sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville, QPV, dont sont issus de nombreux joueurs de football).
En effet, dans un pays qui cherche ses repères, qui voit se creuser les fractures sociales, territoriales, générationnelles, le football est l’un des rares espaces où la France se retrouve encore. Il est universel, populaire, ancré dans les territoires, et porteur d’une grammaire morale que la République devrait chérir : on respecte ses coéquipiers, son entraîneur, l’adversaire, l’arbitre. On joue ensemble. On perd ensemble. On se relève.
Le football fait société. Il structure le temps des enfants et des adolescents, crée des liens entre des familles que rien d’autre ne réunirait, produit de l’autorité éducative là où elle manque le plus. Dans les Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville, où 78% des habitants déclarent une pratique sportive annuelle contre 89% hors QPV[2], le club de football est souvent l’institution de proximité la plus accessible, parfois la seule. C’est lui qui garde vingt adolescents dans un cadre éducatif un mercredi après-midi. C’est lui qui empêche un décrochage. C’est lui qui apprend qu’une règle vaut pour tous, que l’arbitre a le dernier mot, que l’adversaire mérite le respect.
Cette dimension civique est précisément ce que la France est en train de perdre sur certains terrains. Les faits sont documentés. La FFF a recensé 12 000 actes de violence sur 600 000 matchs lors de la saison 2023-2024, soit 230 incidents chaque week-end. L’Observatoire des comportements de la FFF indique que 33,3% des comportements irrespectueux sont le fait de parents-spectateurs, avant même les joueurs (31,8%) et les entraîneurs (20,8%). En mai 2026, un club d’Aix-les-Bains a retiré toutes ses équipes jeunes du championnat après des menaces de parents envers des éducateurs.
Ces incidents ne définissent pas le football amateur français dans sa globalité. Chaque week-end, des centaines de milliers de matchs se déroulent dans le respect, animés par des éducateurs bénévoles qui consacrent leur temps à la transmission. Mais ces faits ne peuvent pas être minimisés. Permettre que les terrains de football deviennent des espaces d’impunité parentale ou de conquête communautaire, c’est abandonner l’un des derniers lieux de la République populaire et incarnée. C’est une capitulation que cette note refuse.
C’est pourquoi elle articule, de manière délibérée, deux enjeux que l’on traite trop souvent séparément : la compétitivité du football professionnel français et l’ordre républicain dans le football amateur. L’un nourrit l’autre. Une Ligue 1 attractive, dont les droits TV internationaux devraient tripler d’ici 2030 selon les objectifs de la réforme portée par la loi Lafon-Savin, adoptée au Sénat le 10 juin 2025, produit des ressources qui irriguent la formation, les territoires, les clubs de quartier. Un football amateur pacifié et républicain produit les talents, les valeurs et les vocations qui alimentent le haut niveau.Cette note formule 15 propositions concrètes, organisées en 4 axes : souveraineté formative, attractivité économique de la Ligue 1, rayonnement national et international, restauration de l’ordre républicain dans le football amateur. La France a tous les atouts pour faire du football un instrument délibéré de grandeur nationale, à condition de traiter cet enjeu avec la rigueur stratégique qu’il mérite, et de ne jamais oublier que derrière chaque chiffre de transfert, il y a un enfant de quartier qui a appris, sur un terrain municipal, que les règles valent pour tout le monde.
[1] CIES Football Observatory, octobre 2025
[2] Observatoire national de la politique de la ville, février 2026
Par Clément Perrin, Directeur des Études du Millénaire
Pour soutenir nos analyses ou nous rejoindre pour rendre sa grandeur à la France
Crédit photo : Zinedine Zidane by Tasnim 01, de Hadi Abyar, via Wikimedia Commons, sous licence CC BY 4.0

Add a Comment