William Thay et Matthieu Hocque pour LePoint : « Faire de la France une nation d’industriels et de savants »

TRIBUNE. Face à la crise sanitaire que nous traversons, le Millénaire, think-tank gaulliste spécialisé en politiques publiques, propose des pistes pour se relever.

La crise sanitaire a mis en lumière les fragilités et les vulnérabilités structurelles du modèle économique français. Après avoir perdu 2 millions d’emplois industriels depuis 1980, la France n’a pas été en mesure de produire suffisamment de masques alors que le chef de l’État avait déclaré la guerre au virus. Nos faiblesses ont conduit à un changement de mentalité pour remettre en avant des ambitions industrielles, afin de mieux supporter les prochains chocs exogènes. Les décideurs publics doivent s’attacher à bâtir la France d’après-crise, pour en faire une nation d’industriels et de savants. Un déclin lié à la désindustrialisation.

En 1980, le secteur industriel français représentait 25 % de la valeur ajoutée nationale contre désormais moins de 12 % en 2020. Ce phénomène, qui n’est pas propre à la France, s’explique par le transfert de notre appareil productif vers les pays émergents notamment est-asiatiques dans le cadre de la mondialisation. Les pays est-asiatiques ont su conduire des politiques industrielles leur permettant de conquérir le marché mondial. Ainsi, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée est de 29 % au Japon, 33 % en Corée du Sud et 39 % en Chine, contre 12 % en France et 22 % pour la moyenne de l’OCDE.

La désindustrialisation a eu trois grands impacts en France. Tout d’abord, ce transfert de l’appareil productif a permis de maintenir le niveau de vie des classes intermédiaires et populaires occidentales par une réduction des prix des biens. Seulement, cette stratégie s’est endiguée par l’évolution du cycle économique après la crise financière de 2008 qui a mis à mal le niveau de vie des classes moyennes et populaires. Ensuite, la France a mené une politique de réduction du temps de travail, incompatible avec le secteur industriel soumis à une concurrence rude à la fois sur le prix (compétitivité prix) et sur la course technologique (compétitivité hors-prix). Enfin, la décentralisation a creusé notre déficit commercial. En 2022, notre déficit commercial pourrait s’établir à 95 milliards d’euros, soit 3,7 % du PIB français.

Quels enseignements tirés des modèles asiatiques ?

Les pays est-asiatiques ont adapté leur politique industrielle aux évolutions des cycles économiques. Tout d’abord, ils ont opéré une transformation structurelle de leur modèle en abandonnant le dirigisme industriel, rationnalisant le système public, modernisant leur enseignement supérieur et en investissant dans les infrastructures innovantes. Ensuite, ils ont favorisé l’émergence de champions nationaux capable de résister à la concurrence mondiale, tout en développant des PME favorisées par une fiscalité souple et une certaine protection du marché intérieur. Enfin, les pays est-asiatiques sont marqués par la prégnance de leur industrie à leur politique de recherche et développement (R & D). À ce titre, en 2019, les dépenses en R & D en France représentent 2,5 % du PIB, contre 3,2 % au Japon et 4,6 % en Corée du Sud. La France n’a plus de vision industrielle depuis l’épopée gaulliste, car elle oscille entre une mauvaise adaptation à la mondialisation et une volonté interventionniste dans l’économie. Ainsi, les différents décideurs publics ont essayé de libéraliser notre économie depuis le fameux tournant de la rigueur en 1983, mais ont accompagné cette transformation par une politique sociale dispendieuse (record des pays de l’OCDE) qui mine notre compétitivité.

Ensuite, à la différence des pays est-asiatiques ou de certains de nos voisins européens, nous n’avons pas su profiter des spécificités françaises pour choisir une politique industrielle en l’absence d’une vision claire. Cela s’illustre par un paradoxe, nous ne sommes pas assez compétitifs pour faire du bas de gamme mais, dans le même temps, nous n’avons pas établi de stratégie pour positionner notre industrie sur le haut de gamme plus en accord avec notre modèle économique et social. Faire de la France une nation d’industriels et de savants. Afin de conserver notre attractivité, il est impératif de transformer notre modèle pour faire face au monde d’après crise sanitaire. À ce titre, nous proposons de faire de la France une nation d’industriels et de savants. Cela passe par une transformation de notre modèle à bout de souffle autour de 3 axes : des réformes structurelles, la valorisation de nos acteurs économiques autour de champions nationaux et d’un tissu de PME et d’ETI, et une course technologique, volet indispensable d’une nation de savants. Tout d’abord, nous devons créer un environnement propice à la réindustrialisation en modernisant notre système. Le modèle social français n’est plus pertinent puisqu’avec l’augmentation progressive des dépenses publiques, nous n’arrivons pas à répondre aux besoins de services publics et à la montée de la pauvreté.

Ainsi, nous devons fixer un objectif d’arriver à moins de 50 % de dépenses publiques par rapport au PIB d’ici 2030. Notre politique fiscale doit être moins prohibitive et plus stable, en poursuivant une tendance baissière pour s’aligner sur les standards internationaux. Attirer les relocalisations passera également par une stabilité industrielle française à travers un Commissariat au Plan chargé de créer un consensus entre les acteurs politiques, économiques et civils. L’enjeu pour l’État est aussi de valoriser nos acteurs économiques pour qu’ils aillent conquérir le monde. Cela passera par l’émergence de champions nationaux et européens, et une réforme de la politique de concurrence européenne pour faire évoluer les seuils, afin de prendre en compte la compétition mondiale. Ensuite, la modification du statut des zones franches urbaines-territoires entrepreneurs (ZFU – TE) pour lever la barrière du chiffre d’affaires maximum de 10 millions d’euros par an à 100 millions d’euros par an, permettra de rationaliser nos filières industrielles grâce à un tissu de PME et ETI françaises autour des champions de demain. Enfin, le capitalisme familial nécessite une suppression des droits de succession sur les transmissions d’entreprise.

Le monde d’après-crise se fera en partie sur une course technologique pour faire bénéficier ses acteurs d’un avantage comparatif. À l’image des pays est-asiatiques, la France doit se réarmer sur la R & D avec un objectif de 3 % de dépenses en R & D à un horizon de 5 ans. Sur le modèle de la DARPA américaine, le Commissariat au Plan doit disposer d’un budget pour investir dans 10 secteurs d’avenirs liés à la souveraineté numérique et la transition écologique. En ce sens, il est également nécessaire d’attirer les meilleurs talents mondiaux, en protégeant notre cadre de vie, et en faisant bénéficier les scientifiques et les chercheurs d’avantages fiscaux pour venir en France.

La France a toujours été au rendez-vous de l’Histoire, et a su rebondir après les crises. Il s’agit, comme après le choc de la Seconde Guerre mondiale, de renouer avec les jours heureux en transformant la génération sacrifiée en génération de bâtisseurs. Pour cela, il est nécessaire de bâtir une nation d’industriels et de savants capable de mettre un terme à la spirale infernale du malheur français et du nivellement continu par le bas.

Par William Thay, Président du Millénaire, et Matthieu Hocque analyste du Millénaire

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