William Thay et Marion Pariset pour l’Opinion : “L’Europe, une superpuissance du XXIe siècle?”

«Sur le plan économique comme sur le plan géopolitique, l’Europe est très proche d’un point de non-retour à partir duquel l’histoire s’écrira sans elle»

Trente ans après le traité de Maastricht qui devait ouvrir la voie à une Europe politique, la situation en Ukraine illustre le peu de cas fait de l’Union européenne et de ses membres par la Russie et les Etats-Unis. En plus des crises sanitaires, économiques et sociales, l’Union européenne traverse une crise de sens liée à son déclassement progressif sur le plan mondial. Alors que la France prend la présidence du Conseil de l’UE, nous ne pouvons plus détourner le regard face aux nombreux défis qui freinent l’émergence d’une superpuissance européenne. Au contraire, l’épreuve de la crise sanitaire doit nous inciter à bâtir un nouveau modèle pour relever ces défis.

La marche du monde… avec ou sans l’Europe

Sur le plan économique comme sur le plan géopolitique, l’Europe est très proche d’un point de non-retour à partir duquel l’histoire s’écrira sans elle. L’ère néolibérale inaugurée par Reagan et Thatcher dans les années, bien qu’elle ait permis d’élever le niveau de vie des populations à travers le monde, est aujourd’hui révolue, battue en brèche par les trois crises de l’Europe du XXIe siècle : la crise financière de 2008, la crise des dettes souveraines de 2010 et la crise sanitaire. Ces événements ont révélé la fragilité des économies occidentales désindustrialisées, dépendantes jusque dans des domaines stratégiques, comme la santé, d’approvisionnements mondialisés. Or, si les Anglo-saxons, poussés par Donald Trump et Boris Johnson, ont bien entamé leur mue vers une conciliation de la liberté et de la protection, c’est bien moins le cas parmi les Etats membres restant dans l’UE.

Outre ce décalage, l’Europe n’est plus aujourd’hui le centre de gravité de la géopolitique tel que nous avons pu la concevoir depuis les Lumières. Le pivot stratégique des Etats-Unis vers l’Asie est venu accompagner une bascule profonde du poids des échanges mondiaux vers l’Asie. Loin des prédictions de Francis Fukuyama, la fin de la guerre froide a ouvert une nouvelle période de conflictualité marquée par l’émergence de nouvelles puissances, dont certaines portent des ambitions d’empire. Malgré la diversification des acteurs, la compétition globale entre la Chine et les Etats-Unis recrée une forme de bipolarisation du monde dans laquelle l’Europe pourrait rapidement perdre la maîtrise de son destin.

Alors qu’attendent les dirigeants européens ?

Par son histoire, le peuple européen ne peut se contenter de devenir l’arrière-cour des Etats-Unis. Les Européens sont les gardiens d’un idéal construit au cours des siècles par des épreuves collectives. L’Union a su au cours des soixante dernières années réconcilier les nations européennes, poser les bases de leur prospérité commune, et affermir la démocratie. Pourtant, aujourd’hui, la machine technocratique n’est plus synonyme de puissance pour les Etats membres mais de camisole, entravant nos libertés et nos identités pour un projet devenu abstrait.

L’Europe a besoin d’une nouvelle ambition pour reprendre espoir et guider les efforts collectifs. Nous en proposons une simple : celle de devenir une superpuissance du XXIe siècle capable de servir de levier aux ambitions nationales communes. Il n’est donc pas question ici de faire plus d’Europe, mais surtout de la faire mieux, dans les domaines stratégiques où l’échelle du continent prend tout son sens. C’est sur cette base que s’appuie notre dernier rapport pour identifier les lignes de force d’un tel projet : politique, prospérité, protection, projection et promotion.

Dans cette reconstruction, la France a toute sa place et tient même une responsabilité. Notre pays a toujours été à l’avant-garde des grands projets et nos valeurs, inspirées des Lumières et de la Révolution, se sont exportées à travers le monde. La présidence française nous rappelle à ce devoir, c’est à nous et à nos dirigeants de nous montrer à la hauteur de la tâche.

William Thay, président du Millénaire, think tank gaulliste et indépendant spécialisé en politiques publiques,

Marion Pariset est secrétaire générale du Millénaire

Pour nous aider à défendre la place de la France au sein de l’UE ou nous rejoindre pour rendre sa grandeur à la France

Crédit photo: Image par David Mark de Pixabay

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