William Thay et Clément Perrin dans LesÉchos : « Les dépenses sociales, une addiction bien française. »

La France est accro à la dépense publique, seule moyen selon elle de répondre aux besoins des citoyens. Selon William Thay et Clément Perrin, du groupe de réflexion Le Millénaire, la véritable solution serait de réformer notre modèle social à bout de souffle.

Alors que nous approchons de l’élection présidentielle et que les différents candidats multiplient les promesses de dépenses, nous ne nous attaquons pas au mal français. Or, le système social français est malade d’une explosion continue des dépenses depuis 40 ans sans aucune amélioration des services associés ni de baisse durable de la pauvreté. La France doit changer de modèle si elle veut guérir et arrêter de colmater les brèches d’un système à bout de souffle.

Les dépenses sociales : le symbole de l’État social obèse

Avec plus de 31% du PIB, la France se hisse de loin à la tête des pays de l’OCDE ayant le niveau de dépenses sociales le plus élevé. L’écart avec la moyenne de l’OCDE est abyssal avec un pourcentage s’élevant à 20% du PIB soit 11 points d’écart, soit une dépense additionnelle annuelle de 4000 euros de plus par français. La France domine de loin le classement et cette domination peu flatteuse ne date pas d’aujourd’hui : depuis 1997, la France occupe la tête de ce classement. A ceux qui accusent l’Etat français d’être ultralibéral, l’Etat nounou semble pourtant bien ancré.

La France accordait, en 2019, plus de 31% de son PIB à des dépenses publiques sociales, alors que ce niveau s’élevait à 17,95% en 1989, après un mandat présidentiel de François Mitterrand. Cette hausse représente, en 30 ans, à PIB constant, une hausse spectaculaire de plus de 320 milliards d’euros. Sur 100 euros dépensés, l’Etat français dépense aujourd’hui 57 euros en protection sociale. La France fait ainsi grossir son État social au détriment de son État régalien, donc de ses missions essentielles. En effet, les dépenses publiques françaises atteignent certes des niveaux élevés avec plus de 55 % du PIB en 2019, mais restent stables depuis plus de 30 ans (hors période de crise).

La crise sanitaire doit conduire à une rupture de modèle

Entre 2019 et 2020, les dépenses publiques sont passées de 55% du PIB à 61,8% du PIB, une hausse unique de plus de 12% en seulement un an. Si personne ne peut remettre en cause l’utilisation du « quoi qu’il en coute » qui a permis de soutenir les ménages et les entreprises à faire face aux effets économiques de la pandémie, on peut s’interroger sur les conséquences de l’après-crise. En effet, on se dirige lentement mais surement vers une poursuite de la drogue à la dépense publique, avec le retour de la fameuse « cagnotte budgétaire » alors que notre situation budgétaire est préoccupante. Selon une étude d’Euler Hermès, la France va mettre 67 ans à rembourser la dette Covid contre 7 ans pour l’Allemagne et 26 ans pour l’Italie.


Pourtant, notre système est à bout de souffle et n’est plus viable. Tout d’abord, notre modèle social rencontrera un défi structurel qui mettra à mal la viabilité de son financement avec le vieillissement de la population. Cela engendrera une hausse des dépenses sociales à commencer par les dépenses de retraite et les dépenses de santé. Ensuite, la pertinence de notre choix de modèle est en doute. Comme le président de la République l’avait souligné « on met un pognon de dingue et les gens ne s’en sortent pas. Les gens pauvres restent pauvres ». Comme le souligne, une étude de l’OCDE il faut 6 générations pour qu’une famille sorte de la pauvreté et il y a 9,3 millions de Français qui vivent sous le seuil de pauvreté.

Quelles réformes ?

La France doit changer de modèle, en choisissant pour une rupture dans sa philosophie et des réformes structurelles. D’une part, elle doit rompre avec la logique de moyens en optant systématiquement par une augmentation des dépenses publiques à l’occasion de chaque fait alimentant le débat public. D’autre part, elle doit réformer son système pour soutenir le travail et la production de richesse. Cela passera nécessairement par une augmentation du temps de travail (hebdomadaire et sur toute la vie), une réforme de l’assurance chômage pour mieux l’adapter aux cycles économiques et une modification du droit social pour fluidifier notre marché du travail en particulier auprès des jeunes et des seniors. De plus, nous devons revoir notre approche sur l’efficacité du service public pour mieux l’évaluer sur la performance et également faire appel au secteur privé pour gérer certaines missions comme l’accompagnement des chômeurs. Enfin, le système d’aide sociale doit être plus simple pour les demandeurs, ce qui nécessite de fusionner certaines aides et de supprimer les plus inefficientes.
 
La France est l’homme malade de l’Europe avec la crise sanitaire qui a révélé les faiblesses de notre modèle. La pandémie a provoqué un désastre sanitaire, économique et social, mais peut s’avérer être une chance pour développer un modèle économique de rupture. Il s’agit ainsi de créer un cercle vertueux pour rompre avec le perpétuel nivellement par le bas pour renouer avec les jours heureux.

Par William Thay, président du Millénaire, think-tank gaulliste, spécialisé en politiques publiques
et Clément Pérrin, Secrétaire général adjoint du Millénaire



Pour nous aider soigner l’addiction française à la dépense publique ou nous rejoindre pour rendre sa grandeur à la France

Tags: No tags

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.