William Thay, Clément Perrin et Paul Worms pour LesÉchos : « Un fonds souverain pour croire en la France »

La politique française oscille entre souhait d’un Etat stratège gaullien et une volonté de liberté sur le plan économique. Pour les auteurs de cette tribune, la création d’un fonds souverain permettrait de répondre à ces deux souhaits tout en permettant aux Français d’investir sur un acteur de confiance: eux-mêmes.

La récente parution de la note du Haut-Commissariat au plan a remis sur le devant de la scène les incohérences de notre système de production, de transformation et de consommation avec de nombreux exemples. Ainsi, la France est le premier exportateur mondial de pomme de terre… mais importe massivement des chips. Elle possède une des plus grandes forêts d’Europe, mais éprouvent de grandes difficultés à transformer ce bois pour en produire des meubles. Alors que la nécessité de relocaliser une partie de l’appareil productif n’a jamais été aussi forte, créons un fonds souverain pour que les Français choisissent d’investir pour la France.

Fructifier l’épargne des Français

Avec la nouvelle donne économique induite par la crise sanitaire, la création d’un fonds souverain français pourrait constituer un véritable bras armé financier de l’État venant soutenir l’économie française.

Les fonds souverains ont généralement vocation soit à faire fructifier les excédents de la balance courante d’un pays dans l’optique de protéger son budget contre la variation des recettes publiques générées par exemple par la vente de matières premières, soit à rentabiliser les richesses actuelles d’un pays qui ne sont pas immuables en les investissant dans des actifs stratégiques afin d’augmenter le niveau d’épargne des générations futures.

Il servirait ici notamment à défendre nos actifs stratégiques de plus en plus ciblées par la compétition mondiale, à soutenir la croissance et l’innovation en faisant fructifier l’épargne des ménages.

Les Français se caractérisent traditionnellement par une certaine frilosité à l’investissement voire par une aversion complète au risque. Avant la crise sanitaire, plus de 560 milliards d’euros dormaient déjà sur les comptes de dépôts des Français selon la banque de France en 2018. Avec le Covid-19, c’est plus de 200 milliards supplémentaires qui ont été épargnés dont 100 milliards de sur-épargne. L’idée serait moins de créer un fonds souverain financé par les ressources de l’État qu’un fonds financé directement par les Français eux-mêmes. Le financement de ce fonds doit s’appuyer sur des mécanismes existants populaires comme la participation et l’intéressement ainsi que la création de nouveaux livrets d’épargne avec des degrés diverses d’exposition au risque.

Le financement du fonds serait alloué notamment par la création de livrets d’épargne avec chacun un intitulé correspondant aux trois priorités. Ainsi, les Français auraient le choix entre ces trois missions, avec un rendement différent selon le risque encouru. De plus, le fonds n’aurait vocation à ne prendre que des participations minoritaires pour limiter le risque financier et respecter la législation européenne sur la concurrence.

Trois missions

La politique d’investissement de l’épargne des Français devrait s’articuler autour de trois priorités : la souveraineté, la croissance et l’innovation.

Le premier objectif viserait à soutenir les entreprises avec des critères stricts. En effet, il ne s’agit pas de se substituer à l’État nounou, mais de sécuriser le capital d’entreprises stratégiques à travers une participation au capital par le fonds souverain afin de rendre ces entreprises moins vulnérables aux marchés et aux concurrents extérieurs. En subissant moins de pressions extérieures et actionnariales, ces entreprises pourraient ainsi privilégier une perspective de plus long terme et ainsi ne pas adopter uniquement une logique financière dans leurs choix stratégiques.

Pour répondre au deuxième et troisième objectif, il s’agirait de financer ou de rentrer au capital de PME prometteuses qui n’ont pas un accès simple au financement ou de soutenir les entreprises avec un fort potentiel. D’une part, il s’agit ainsi de soutenir les entreprises afin qu’elles atteignent le seuil critique pour constituer un réseau d’ETI capable de rivaliser avec les entreprises allemandes. D’autre part, ce soutien vise à soutenir les acteurs privés dans la course à l’innovation pour conserver un cercle vertueux avec la confiance nécessaire à d’éventuels autres investisseurs.

Ce «fonds des Français», fonds souverain citoyen de tous les Français, permettrait ainsi de privilégier une politique économique de long terme autour des trois priorités : souveraineté, croissance et innovation. Ce fonds ferait renouer les Français avec les effets positifs de l’État stratège gaulliste sans pour autant subir les effets néfastes de l’intervention tout azimut de l’État providence. Au fond, le mécanisme du fonds souverain permettrait aux Français d’être acteur du redressement économique, les réconcilie avec le capital, tout en misant sur un acteur de confiance : eux-mêmes.

Par William Thay – Président du Millénaire, Clément Perrin – Secrétaire Général Adjoint, et Paul Worms expert du Millénaire,

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