William Thay et Marion Pariset dans Marianne : « La Chine s’est éveillée et l’Europe tremble… »

William Thay et Marion Pariset du think tant Millénaire analysent l’impuissance de l’Union européenne face à la montée en puissance de la Chine.

 

La Chine a pris une place centrale dans les affaires mondiales et pourtant, le pays demeure un pays « en développement » selon les critères de la Banque mondiale. La vision attribuée à Napoléon Ier et reprise par d’Alain Peyrefitte en 1973 dans son essai Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera semble non seulement s’être réalisée mais ouvrir une nouvelle ère des conflictualités mondiales. Après près de deux décennies d’une relative naïveté et à l’approche de la présidence française de l’Union européenne, les Européens doivent apprendre de la force née de l’unité dans la négociation du Brexit pour développer leur propre dynamique face à la Chine.

LA CHINE ASSUME UNE AMBITION GLOBALE

À l’exception peut-être de quelques micro-Etats, la Chine est désormais présente partout du fait d’une politique étrangère assumée, ou simplement de ses réseaux économiques tentaculaires. Le projet des nouvelles routes de la soie vient toucher jusqu’au cœur de l’Europe des infrastructures stratégiques, portuaires notamment. Seuls 14 États membres de l’ONU continuent de reconnaître Taiwan, alors que 8 États ont cessé leurs relations diplomatiques avec l’île au cours des dix dernières années. En outre, la Chine possède désormais le plus grand réseau diplomatique avec 276 ambassades et consulats dans le monde, dépassant les États-Unis et la France en 2019.

La crise du coronavirus a accéléré les mutations en cours, et la Chine devrait devenir la première puissance économique mondiale entre 2020 et 2030. Malgré sa croissance rapide et sa place centrale dans l’économie mondialisée, l’ancien Empire du Milieu continue pourtant d’être considéré comme un pays en développement. Bien que son PIB ait été multiplié par dix depuis le début des années 2000, le PIB par habitant de la Chine (10 000 USD en 2019) représente un sixième de celui des États-Unis et un quart de celui français. La Chine n’a pas atteint sa pleine puissance mais la dynamique joue en sa faveur.

LE NARRATIF D’UN EMPIRE PACIFISTE S’EFFRITE

Pour accompagner son développement économique et s’épargner les ingérences étrangères dans ses affaires internes, Pékin a mis en place un narratif soigné mettant en avant l’exception culturelle chinoise comme justificatif de sa gouvernance autoritaire. Ce narratif complète le modèle de coopération « d’égal à égal » prôné par la Chine auprès de ses partenaires en développement. Si cette ligne a pu séduire dans un premier temps, de nombreux pays ne sont aujourd’hui plus dupes des méthodes économiques chinoises. L’endettement massif des pays en développement vis-à-vis du géant asiatique alerte les gouvernants qui jusque-là espéraient par ce biais faire jouer la concurrence avec les anciennes puissances coloniales discréditées.

Pourtant, la Chine poursuit sa tentative d’ancrer dans l’imaginaire international l’image d’un État sans faille. La pandémie de coronavirus a joué dans ce sens pour renforcer l’image d’un système social et politique à même de résister et rebondir face aux défis d’un monde interconnecté. Le pacifisme de cette victoire est cependant remis en question alors que les ambitions économiques chinoises s’accompagnent de plus en plus ouvertement d’une remilitarisation et d’une politique agressive de défense de ses intérêts.

L’EUROPE DIVISÉE PAR NATURE DOIT RETROUVER SON UNITÉ

La division de l’Europe face à la Chine a mis en danger les intérêts de l’ensemble des pays européens. À travers ses investissements dans les infrastructures, la Chine a gagné un effet de levier significatif sur les politiques des États membres de l’UE participant au blocage de certaines décisions (concernant les Ouïghours par exemple). Jouant sur les divisions et ses atouts auprès des pays en développement, le gouvernement chinois a réussi à renforcer son influence dans les organisations internationales comme la FAO ou l’OMS.

Ces dernières années nous ont pourtant montré un cas lors duquel l’Union européenne a été capable de dépasser ses fractures internes pour protéger ses intérêts, voire assurer sa survie. Il s’agit des négociations du Brexit au cours desquelles les 27 ont su faire front commun malgré les tentatives de fragmentation britannique. Les États européens doivent désormais prendre conscience que la stratégie chinoise est aujourd’hui au moins aussi menaçante pour la perpétuation de notre modèle de société que le Brexit ne l’a été pour la structure politique de l’UE. Et qu’il s’agit d’un adversaire autrement plus puissant et solide que le Royaume-Uni.

La présidence française de l’UE représente une opportunité pour notre pays de fédérer les Européens autour d’un projet commun s’appuyant sur la liberté à l’intérieur de ses frontières et le nationalisme économique vis-à-vis de l’extérieur. Bien qu’également le fruit d’une pression américaine, le cas de la 5G et de Huawei a prouvé a minima une communauté de vue sur les risques que comporte une dépendance de l’Europe à la Chine. Il faut maintenant faire de l’exception une politique commune.

Par William Thay, Président du Millénaire
Marion Pariset, Secrétaire générale du Millénaire

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