Analyse de William Thay dans Atlantico : « Avenir du trumpisme : pourquoi Trump peut revenir en 2024 »

A quelques jours de la cérémonie d’investiture de Joe Biden, l’avenir de Donald Trump reste incertain. Alors que les démocrates ont entamé une nouvelle procédure de destitution, Donald Trump pourrait-il effectuer un retour dans l’arène politique américaine en 2024 ?

Les récents événements au Capitole auraient pu définitivement éliminer Donald Trump de la scène politique en l’isolant complètement au sein de sa base électorale et de ses soutiens au sein du parti républicain. Cependant, la réaction des électeurs républicains face à l’accumulation d’actes ressemblant à un acharnement contre le président américain lui offre une perspective pour faire perdurer le trumpisme. En effet, le milliardaire conserve plusieurs atouts lui permettant de conserver la possibilité de se présenter de nouveau en 2024.

Un acharnement sur Trump ?

La décision des réseaux sociaux de bannir Donald Trump s’apparente à de la censure qui place le président américain dans une position de victime d’un acharnement. La liberté d’expression est un principe fondamental dans une démocratie puisqu’il permet la pluralité d’opinion. Ce pluralisme est visé par les géants du numérique lorsqu’ils bannissent spécifiquement les comptes « trumpistes » au motif d’incitation à la violence alors que d’autres comptes comme celui de l’Ayatollah Khamenei ne l’est pas après avoir prôné un génocide. Cette différence de traitement injustifiée risque de bénéficier au milliardaire puisqu’il pourra légitiment avancer qu’il subit un traitement d’exception qui ne peut s’appuyer sur une base légale et encore moins sur le respect simple des conditions d’utilisations de ces plateformes.

Donald Trump est également victime d’un acharnement de la part des démocrates avec une nouvelle procédure d’impeachment. La gauche américaine ne vise pas uniquement à gagner une élection dans le cadre démocratique. Elle cherche également à tuer définitivement le trumpisme par l’intermédiaire d’une mise à mort politique et social de son représentant. Cependant, cette volonté initiée par Nancy Pelosi va à l’encontre de la promesse de Joe Biden de réconcilier le pays, ce qui pourrait nuire de nouveau aux démocrates. En effet, il s’agissait d’une promesse importante et avortée de Barack Obama face à la division du pays après les deux guerres en Afghanistan et en Irak. Plutôt que de commencer son mandat sous le signe d’une réconciliation nationale, le président élu va devoir gérer la gauche radicale et les souhaits de la chambre des représentants de tuer Donald Trump, ce qui risque de renforcer la polarité aux États-Unis. 

Une base électorale solide et fidèle à Trump

Donald Trump s’appuie sur une base électorale de plus de 75 millions d’électeurs qui lui reste fidèle qu’importe les événements. Le champion de l’Amérique profonde bénéficie ainsi d’une clémence de son électorat à la différence des personnalités politiques classiques. Alors que ces derniers pouvaient voir leur carrière politique se terminer sur une polémique, Donald Trump y résiste. À titre d’illustration, sa popularité a toujours été stable, selon l’institut Gallup, avec une amplitude (différence entre le seuil le plus haut et le seuil le plus bas) de 14 points (seuil bas de 35%, seuil haut de 49%). Les autres présidents américains en possédaient une beaucoup plus importante (Barack Obama : 27 points ; George W.Bush : 65 points ; Bill Clinton : 36 points). La personnalité de Donald Trump l’empêche certes de monter très haut, mais il ne peut pas tomber très bas non plus, ce qui lui assure une stabilité forte et l’empêche de mourir politiquement.

Les récents événements du Capitole auraient pu mettre un terme à la carrière politique de Donald Trump en raison de l’attachement des américains à leurs institutions. Cependant, on observe que paradoxalement, la côte de popularité de Donald Trump est plutôt en hausse. Les sondages journaliers de l’institut Rasmussen démontrent en effet que le président américain commence mieux l’année qu’il n’a fini la précédente. Le sondage du 31 décembre 2020 montre qu’il possédait un niveau favorable de 45% (dont 33% très favorable) et un niveau défavorable de 54% (dont 45% de très défavorable. Le dernier sondage du 12 janvier montre ainsi une hausse avec 49% d’opinions favorables (dont 36% très favorable) et 50% d’opinions défavorables (dont 40% très défavorable). Les récents événements bénéficient ainsi davantage à Donald Trump qui peut s’appuyer sur son soutien populaire, comme le démontre la dernière manifestation en marge du Capitole, pour s’assurer un avantage.

Trump, un come-back victorieux en 2024 ?

L’avenir politique de Donald Trump est étroitement lié à sa capacité à maintenir sa domination sur les républicains. Cette maitrise ou non de l’appareil va s’illustrer prochainement lors de l’ « impeachment » qui mettra en lumière les élus du Congrès qui lui restent fidèles après que sa fidèle Ronna McDaniel ait été réélu à la tête du GOP. Si l’actuel locataire de la Maison Blanche ne pourra pas empêcher la Chambre des représentants de voter les articles pour sa destitution, il pourra compter ses soutiens dans la chambre basse. De plus, Donald Trump doit conserver à minima 34 sénateurs sur 50 pour éviter l’impeachment. En effet, si 17 sénateurs républicains votent avec les démocrates alors le président américain serait destitué sans espoir de pouvoir se présenter en 2024.

Au-delà de l’impeachment, le premier événement politique pour le trumpisme aura lieu lors des « midterms », élections de mi-mandats en 2022. Lors de cette échéance où les députés sont renouvelés comme le tiers du Sénat, Donald Trump aura à la fois l’occasion d’ancrer son logiciel au sein de l’appareil politique mais également de battre les démocrates. Dans un premier temps, il s’agit pour lui de placer ses fidèles et promouvoir une nouvelle génération lors des primaires locales. Il pourra alors faire bénéficier sa popularité aux candidats à l’investiture face aux ténors qui lui sont hostiles. Dans un second temps, il peut jouer le rôle de chef de l’opposition comme Barack Obama l’a fait lors des « midterms » en 2018. Il s’agit pour Donald Trump de démontrer que la défaite électorale de 2020 n’était que conjoncturel et explicable principalement par la crise sanitaire, et que son logiciel électoral est le bon. 

L’avenir du trumpisme va se jouer lors de ces quatre prochaines années. Alors qu’ils auraient pu se placer par opposition à Donald Trump au-dessus de la mêlée, les démocrates polarisent davantage le débat en s’acharnant sur lui. La gauche américaine divisée ne s’était rassemblée que contre Trump et ne montre pour l’instant aucune autre perspective alléchante que sa mise à mort. Cette attitude va permettre au champion de l’Amérique profonde de se placer comme une victime. Pour rebondir, Donald Trump doit toutefois comprendre sa défaite qui est due à une perte de l’électorat blanc qui a fait basculer un certain nombre d’État où l’élection s’est jouée à moins de 1% d’écart. Donald Trump a montré qu’il était capable d’innover, pour s’assurer une postérité, il doit le faire de nouveau avant un éventuel dernier épisode de la trilogie en 2024.  

Par William Thay, Président du Millénaire

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