Retrouvez la tribune d’Alexandra Monet dans Atlantico : « Notre-Dame de Paris : vers un divorce symbolique et économique ? »

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Retrouvez la tribune d’Alexandra Monet dans Atlantico :  » Notre-Dame de Paris : vers un divorce symbolique et économique ? « 

La restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris n’a pas fini de déchaîner les passions entre les fervents défenseurs d’une restauration exactement à l’identique et ceux qui accepteraient volontiers une touche de modernité.

 

La restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris n’a pas fini de déchaîner les passions entre les fervents défenseurs d’une restauration exactement à l’identique et ceux qui accepteraient volontiers une touche de modernité. Alors que le sujet de la flèche s’est bien orienté vers une reconstruction à l’identique, le nouveau débat porte aujourd’hui sur les vitraux et le mobilier intérieur de la cathédrale. Mais le débat sur cette touche de modernité ne doit pas nous faire perdre de vue un autre enjeu majeur de cette restauration : faire de Notre-Dame le fer de lance de l’artisanat français. Alors que 55% des professionnels des métiers d’art estiment que la reprise de leur activité nécessitera une promotion plus importante de ces métiers, Notre-Dame peut être une aubaine pour ces derniers.

L’Église étant l’affectataire de Notre-Dame de Paris, elle est responsable de son fonctionnement intérieur. Monseigneur Aupetit, archevêque de Paris, aurait donc former un comité de réflexion afin de penser les futurs aménagements de la cathédrale. Membres du clergé et du monde de l’art aurait imaginé ensemble un intérieur plus moderne, plus « contemporain ». Faut-il rappeler qu’en art, ce que tout le monde appelle « contemporain » cache beaucoup de mouvements et d’expressions artistiques. Le contemporain n’est pas forcément injonctif, contestataire ou « bling-bling ». Tout dépend du cahier des charges donné aux artistes lors de la commande.

A partir des éléments divulgués dans la presse, trois points se seraient distingués du comité de réflexion : la modification des vitraux, le remplacement de mobilier liturgique et non-liturgique, la mise en place d’un nouveau parcours de médiation et de prière.

La modification des vitraux

Les vitraux de la cathédrale sont de véritables chefs d’œuvres. La rosace nord a gardé presque intacts ses vitraux du XIIIe siècle. Les deux rosaces des transepts datent, comme les vitraux des chapelles, des travaux effectués par Viollet-le-Duc au XIXe siècle.

Les verrières hautes, signées Jacques le Chevallier, maître verrier, décorateur, illustrateur et graveur français du XXe siècle, ont quant à elles été installées en 1966. Le travail de ce maître-verrier, qui a notamment réalisé des vitraux pour l’église Notre-Dame de La Roche-Posay et la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse, a été commandé par les Monuments historiques après-guerre. Souhaitant un projet novateur, Le Chevallier a réalisé des verrières non figuratives, en rupture avec le style gothique des autres vitraux.

Les vitraux de la cathédrale correspondent donc à différentes époques, racontant les phases de restauration et de modification apportées par les siècles. Alors pourquoi ne pas apporter nous aussi notre marque en remplaçant les vitraux non-figuratifs par de nouvelles créations ? Si ces créations respectent l’histoire, la fonction et la spiritualité de la cathédrale, elles trouveront parfaitement leur place, d’autant que la France possède sur son sol les compétences pour réaliser ces travaux. Par exemple, les ateliers Loire Chartres ont notamment réalisé des vitraux contemporains à l’église Notre-Dame de Sablé-sur-Sarthe.

Le remplacement du mobilier

Dans une interview donnée au Parisien, le père Gilles Drouin, explique que le changement de mobilier correspondrait aux chaises et aux bancs qui ont été détruits par l’incendie. Ceux qui avaient l’habitude d’entrer et de s’asseoir dans la cathédrale se souviendront le triste état de ces assises, ni confortables pour admirer la splendeur de Notre-Dame, ni pratiques pour la logistique des événements (comme les concerts organisés toutes les semaines), ni adaptées à la prière des croyants. Des discussions étaient déjà engagées avant l’incendie pour changer ce mobilier. La création de chaises et/ou de bancs dans un nouveau design irait de pair avec l’augmentation croissante des visiteurs et des fidèles accueillis chaque année par l’édifice.

L’orgue de chœur qui a été entièrement détruit par les quantités d’eau déversées au moment de l’incendie devrait également être changé, dans un esprit plus moderne. Ce projet était également déjà en discussion avant l’incendie. Les travaux de restauration de Notre-Dame ne font qu’accélérer des projets existants.

Cependant, il est important de conserver les éléments fondateurs et identifiés de la cathédrale, comme les stalles qui sont les vestiges de l’ancien chœur.

La mise en place d’un nouveau parcours

Chaque année, 14 millions de visiteurs sont accueillis à Notre-Dame de Paris. Touristes et fidèles se retrouvent en son sein pour admirer sa beauté architecturale ou prier. La disposition et l’organisation qui étaient celles de la cathédrale avant l’incendie ne correspondent plus à cette affluence. Encore une fois, de nombreux projets étaient déjà à l’étude avant le drame d’avril dernier. Une réflexion doit se faire autour des nouvelles missions de l’édifice : lieu de prière et de recueillement, monument touristique, vitrine des métiers du patrimoine et des métiers d’art français, témoin de l’Histoire à travers les siècles. Un chemin lumineux à travers les bas-côtés et le déambulatoire dénaturerait complètement la fonction spirituelle première de Notre-Dame, alors il faut imaginer une médiation plus douce tout en étant compréhensible par tous. Le nouveau parcours devra répondre au nombre toujours plus important de visite, tout en préservant davantage les espaces dédiés aux croyants.

Pourquoi les Français et les étrangers aiment-ils autant Notre-Dame de Paris ? Parce qu’elle représente notre Histoire, notre culture, nos savoir-faire. Après l’incendie de la cathédrale, tous les professionnels souhaitaient faire de sa restauration une vitrine de nos métiers du patrimoine et de nos métiers d’art. Cette vitrine n’est pas qu’extérieure, elle concerne également l’intérieur de l’édifice. De nouveaux projets permettraient de mettre en avant de nouveaux artisans et de venir en aide à un secteur particulièrement sinistré par la crise du Covid-19.  Pour être à la hauteur des artisans des siècles passés, notre époque doit également laisser sa petite marque dans la rénovation de Notre-Dame. Cette entreprise sera un succès, à l’unique condition que cette touche de modernité respecte l’Histoire et l’âme de Notre-Dame de Paris.

Alexandra Monet, Analyste au Millénaire

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