Pierre Clairé pour Atlantico : « L’union des droites en Italie : un modèle transposable à la France ? »

ENSEIGNEMENTS POLITIQUES

Éric Zemmour rêve de voir le RPR se reformer et réaliser l’union de la droite en France. La droite française, divisée, peut-elle s’inspirer de la classe politique italienne ? 

La première chose qu’un observateur français pourrait remarquer en analysant le logotype du parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni c’est son imposante flamme tricolore aux couleurs du drapeau italien qui n’est pas sans rappeler celle du Front National de Jean-Marie Le Pen. Cette flamme est celle du Mouvement Social Italien (MSI), parti néofasciste né en 1946 dont le FN s’est grandement inspiré, reprenant une partie de son programme et même son logotype auquel ont été associées les couleurs du drapeau français. Ce lien entre l’extrême droite italienne et son cousin français n’est pas le seul, en effet, de nombreuses personnes, dont Éric Zemmour, rêvent de reproduire le modèle italien d’union des droites qui a pris la forme de l’union de centre-droit réunissant Fratelli d’Italia, la Ligue et Forza Italia.

Une Union qui ne date pas d’hier

Le MSI s’est toujours retrouvé dans l’opposition durant ses presque 50 années d’existence, mais des anciens membres du parti néofasciste ont fait partie du premier gouvernement de Silvio Berlusconi en 1994, ce qui marque la première expérience d’une union des droites. L’Alleanza Nazionale (AN) a succédé au MSI en 1995 et à durant plus de dix ans été l’allié privilégié du parti Forza Italia de Silvio Berlusconi, participant à ses gouvernements entre 2001 et 2006 puis entre 2008 et 2011. L’actuelle cheffe de file de Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni, a d’ailleurs fait partie de ce dernier gouvernement.

En 2009, Forza Italia et l’Alleanza Nazionale ont fusionné pour former Il Popolo Della Liberta, parti dirigé par Silvio Berlusconi secondé par l’ancien président de l’AN, Gianfranco Fini. Mais des dissensions au sein du parti, dues à un discours de plus en plus europhile, ont conduit à une scission et au départ d’anciens cadres de l’AN qui ont fondé en 2012 le parti Fratelli d’Italia, parti se réclamant de la mouvance nationale-conservatiste et de l’euroscepticisme. Silvio Berlusconi a pour sa part recréé le parti Forza Italia pour le soutenir lors des différentes échéances électorales. Cette rupture marque la fin de l’éphémère parti du Peuple de la Liberté et du rêve de voir un parti unique porter les couleurs des différentes mouvances de la droite italienne. Depuis 2012, l’union des droites italiennes ne se matérialise plus que sous la forme de coalitions électorales de centre-droit. 

Mais une entente de plus en plus compliquée dernièrement 

La configuration actuelle de la fameuse coalition de centre-droit est héritée des accords ayant précédé les élections générales de 2018. Cette année-là, Giorgia Meloni et Silvio Berlusconi avaient accepté de se fondre dans une coalition dirigée au niveau national par Matteo Salvini, secrétaire fédéral de la Ligue. La coalition de centre-droit était arrivée en première position des élections, mais devant l’impossibilité de former un gouvernement en s’appuyant sur les seuls partis de droite, Matteo Salvini avait décidé de s’unir au Mouvement 5 Étoiles de Luigi di Maio pour former un gouvernement disposant d’une majorité à la Chambre des Députés et au Sénat. Matteo Salvini a donc été le premier à menacer la fragile entente de la droite italienne par opportunisme politique. 

Entre-temps, la Ligue de Matteo Salvini a fait un retour dans l’opposition après de nombreuses mésententes avec le Mouvement 5 Étoiles. En février dernier, la Ligue a décidé de soutenir le gouvernement d’union nationale dirigé par Mario Draghi. Il s’est encore une fois attiré les foudres de Giorgia Meloni qui, à la différence de ses alliés au sein de la coalition de centre-droit, a décidé de demeurer dans l’opposition. Depuis de nombreux mois, Fratelli d’Italia est selon différents sondages d’opinion en pleine progression si bien qu’aujourd’hui il est qualifié de premier parti politique italien, devant la Ligue de Salvini. 

Lors des élections municipales des 3 et 4 octobre 2021, l’évolution des rapports de force au sein de la droite italienne s’est matérialisée. En effet, Fratelli d’Italia s’est affirmé comme le premier parti de droite en Italie et comme véritable moteur de la coalition de centre-droit. Alors que la Ligue de Salvini a connu une déroute généralisée, le parti de Meloni a limité les pertes pour la droite en devenant notamment le premier parti de la coalition à Rome, ce qui a permis au candidat de centre-droit de virer en tête avant le second tour. Alors que Salvini se rêve encore en leader de la droite et en potentiel président du Conseil des ministres, les sondages et les récentes élections montrent que Meloni mérite davantage ce titre. Les luttes internes au sein de la coalition de centre-droit s’annoncent intenses, avec deux politiciens réclamant le leadership de la droite en Italie. En définitive, le bilan de cette union de la droite est pour le moins mitigé et ne peut pas être qualifié de réussite… 

Une potentielle transposition en France?

Depuis de nombreuses années, Éric Zemmour, probable candidat à l’élection présidentielle française, rêve de voir le RPR se reformer et ainsi de réaliser l’union de la droite en France. Pour autant comme nos voisins italiens, la droite française est divisée et il semble peu probable de voir les différents chefs de file se retirer au profit d’une seule personnalité. 

Dans son ouvrage de référence, Les Droites en France, René Rémond a exposé les divisions existantes au sein de la droite française et force est de constater qu’avec le temps les différences n’ont fait que grandir. Rémond a fait la distinction entre les droites Orléaniste, Bonapartiste et Légitimiste et aujourd’hui les différentes mouvances de cette droite semblent irréconciliables car trop éloignées les unes des autres. Une partie de la droite a rejoint Emmanuel Macron, attirée par ses orientations libérales et il semble impossible de les voir revenir à leurs premiers amours et voter pour un candidat issu de la droite traditionnelle. De l’autre côté de l’échiquier politique, les électeurs conservateurs proches des souverainistes se sont détournés de la droite traditionnelle se sentant trahis par des prises de positions libérales. Il est peu probable que ces différents sympathisants de droite votent pour un parti qui tente de faire le grand écart pour plaire à la fois à la droite d’inspiration libérale et aux souverainistes. 

N’en déplaise à certains, il semble illusoire de croire qu’une union de la droite est possible en France aujourd’hui et que les différentes mouvances de la droite puissent s’unir. L’exemple italien montre qu’il est très difficile voire impossible de parvenir à une telle unité. Silvio Berlusconi y est parvenu durant quelques années, mais aujourd’hui en France il n’existe pas de politicien suffisamment imposant pour réussir une telle chose…  

Par Pierre Clairé, analyste du Millénaire

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