Opinion et insécurité : une autoroute pour la droite ?

Opinion et insécurité : une autoroute pour la droite ?

Éditorial du Millénaire

L’insécurité fait son grand retour depuis quelques mois dans le débat public. Si les chiffres de la délinquance ne montrent pas de très forte augmentation sur cet été 2020 c’est surtout la succession de faits divers emblématiques d’une violence particulièrement marquante, notamment l’assassinat d’un conducteur de bus, qui ont remis la question au cœur de l’actualité.

            Les sondages montrent que la sécurité, déjà avant cet été 2020, était une préoccupation importante des français. Pour 74% d’entre eux, la délinquance a augmenté ces dernières années (IFOP Sept 2019). C’est un record depuis 2013, où 84% des français pensaient cela (record absolu). Sur le sujet précisément du rapport à la sécurité, 68% des Français affirmaient en juillet 2020 (Odoxa) parfois ne pas se sentir en sécurité (10% de plus qu’en février 2020), ce qui suit logiquement la médiatisation de la question ces dernières semaines. Au cours de cet été 2020 la sécurité et la lutte contre la délinquance ont fait un bond majeur dans les préoccupations des Français. En mai, 44% jugeait la lutte contre la délinquance comme « tout à fait prioritaire », ils étaient 70% à répondre positivement à cette question en Aout 2020 (IFOP) soit une progression de 26 points. Sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme la progression est de 22 points passant de 46% à 68%. Quant au jugement de l’action du Gouvernement pour gérer la question de la sécurité du quotidien, la confiance des Français est faible autour de 29% mais en nette augmentation (+6%) depuis février. On peut l’interpréter par un éventuel effet « Darmanin » mais aussi peut-être un report de la question sanitaire par une confusion des actions de sécurité publique et sanitaire.

            La sécurité marque aussi de manière importante le rapport qui lie les français avec leur commune. Pour 35% des Français la sécurité est un critère de choix lors d’un déménagement dans une autre ville (IFOP Janv 2020). 38% des Français exprimaient la crainte de voir la sécurité dans leur ville se dégrader dans les 30 prochaines années, pointant un pessimisme prononcé, qui fait écho au manque de confiance dans le gouvernement pour gérer les questions de sécurité. Quand on pose aux Français la question des critères prioritaires pour construire la « ville idéale », la sécurité est le 1er enjeu cité, devant le prix de l’immobilier et la qualité de l’air. Ce qui marque également un changement est la comparaison entre les villes et la campagne. Le sentiment d’insécurité est devenu au fil des années plus fort dans les milieux ruraux (76%) que dans les villes (72%).

            Sur un plan plus politique, le sentiment d’insécurité est très marqué à droite (89%, contre 90% pour l’extrême droite, IFOP 2020). Et il est aussi, avec une corrélation liée à la sociologie de l’électorat, plus élevé chez les personnes âgées, 83% chez les plus de 65ans que chez les jeunes, 67% chez les 18-25 ans. Dans un sondage ODOXA de Mars 2017, 2 Français sur 3 se disaient insatisfait du bilan de François Hollande en matière de sécurité. Il plaçait d’ailleurs la sécurité comme troisième critère pour leur choix à la présidentielle, derrière le pouvoir d’achat et le chômage. Cette question est de taille pour la droite puisque c’est à elle que les français font le plus confiance pour gérer les questions de sécurité (41%) devant la gauche (28%, dont LREM) et l’extrême droit (25%).

La droite est jugée particulièrement crédible sur le sujet mais moins efficace que l’extrême droite. Il sera à ce titre, intéressant de voir l’évolution de la délinquance dans les municipalités remportées par le RN, en vue de l’élection présidentielle de 2022 où la crédibilité de ce parti a été mis à mal par le débat manqué par Marine Le Pen lors du second tour de la précédente édition.  La droite marque aussi de belles performances comme à Clichy (Rémi Muzeau), à Agde (Gilles d’Ettore) ou Limoges (Emile Roger Lombertie).

Enfin, sur le plan politique, 8 Français sur 10 considèrent que les politiques ont un impact important sur la sécurité du quotidien. Les Français sont également largement favorables à des nouvelles mesures sur la sécurité. 93% sont pour la police de proximité, 88% pour le rétablissement d’un renseignement de terrain (il existe déjà les SDRT), 80% favorable à la double peine pour les étrangers et 68% pour l’extension du port d’arme pour les polices municipales.

Le sujet de l’insécurité semble effectivement être une opportunité majeure pour la droite en vue d’une reconquête électorale en 2022. Il s’agit d’une thématique sur laquelle les politiques sont encore crédibles, où les Français plébiscitent la droite pour résoudre ce problème. De plus l’approbation massive des mesures, même les plus sévères (double peine), montre que faire des propositions dans le domaine est plutôt moins risqué que dans d’autres domaines (économiques notamment). Des mesures phares de la droite, pour faire appliquer plus strictement les peines  (les peines planchées, ou la facilitation d’exécution des OQTF) pourrait trouver un écho favorable chez les Français. En 2022 alors que la menace terroriste est moins pesante mais les incivilités et agressions plus présentes, le sujet de l’insécurité devrait être encore plus important qu’à la dernière présidentielle. 

Pierre Fontaine, Directeur du pôle politique du Millénaire


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