Marion Pariset et Hugo Ragain dans Atlantico : « Macron, VRP du RN ? »

Et si Emmanuel Macron, plutôt qu’un rempart au RN, n’en était pas le meilleur VRP ?

Un récent sondage Ifop montre que Thierry Mariani pourrait l’emporter lors des prochaines élections régionales en PACA. Cette enquête est la suite logique des récents sondages portant sur la prochaine élection présidentielle montrant que Marine Le Pen pourrait l’emporter. Le front républicain, autrefois arme redoutable et plafond de verre infranchissable pour Marine Le Pen, pourrait céder lors des prochaines échéances électorales. Et si Emmanuel Macron, plutôt qu’un rempart au RN, n’en était pas le meilleur VRP ?

Des manœuvres politiciennes à n’en plus finir

La faiblesse de la majorité présidentielle au niveau local s’illustre désormais par la nécessité de fusionner avec les Républicains pour entraver la montée du RN. Le dernier échec de LREM aux élections municipales avait montré l’impossibilité pour la majorité présidentielle de s’imposer à l’échelle la plus locale de gouvernance. Face à l’incapacité de réussir seul, il ne reste au parti du gouvernement que l’option de s’arrimer à plus ancré que lui, au prix de l’absence d’une politique claire.  Le gouvernement entend avancer ses pions dans les listes de ses potentiels adversaires. Pourtant, les électeurs ne sont pas dupes et l’abandon par le RN de ses thèses les plus radicales relâche la pression qui faisait tenir jusqu’à présent le front républicain. L’absence de socle électoral et politique homogène chez LREM fragilise tout accord : s’il n’est pas question de négocier sur le fond, alors les fusions ne relèvent finalement que d’un rapprochement avec le gouvernement.closevolume_off

Le nouveau monde reprend les pires pratiques de l’ancien monde. Cette élection montre la facilité que des ministres peuvent avoir pour se détacher de leur fonction pourtant chronophage de membres du gouvernement pour mener campagne aux quatre coins de la France. En des temps troublés par l’insécurité et les violences contre les forces de l’ordre, il est difficile de ne pas douter de la capacité d’Eric Dupont-Moretti à pouvoir mener une politique judiciaire capable de répondre aux enjeux actuels tout en faisant campagne contre son ennemie de toujours, Marine Le Pen.

Le RN se renforce de ces coups médiatiques

Marine le Pen représente désormais la seule rupture avec le projet Macroniste car le Parti socialiste et Les Républicains apparaissent compatibles avec Macron. Lorsque l’on voit la porosité entre certains cadres des partis des Républicains et des Socialistes, il est évident que l’électorat fidèle à ses valeurs se cherche de nouveaux représentants. Ainsi la polarisation de l’électorat français se distingue sondage après sondage. La porosité entre les deux bouts de l’échiquier politique fait en outre que les électeurs de La France Insoumise seront plus susceptibles de voter pour Marine Le Pen et ses représentants que de voter pour le parti du gouvernement. Dépouillés de leur électorat, les partis dits modérés tels que Les Républicains et le Parti Socialiste se retrouvent à regarder les extrêmes se livrer bataille pour les seconds tours avec leurs anciens membres.

Les régionales sont un test pour la présidentielle : si le RN apparaît comme en capacité d’emporter une ou plusieurs régions, il arrivera en puissance aux présidentielles. Si l’on se fie aux sondages, il y aurait à la suite des élections régionales plus de régions avec un président affilié au RN qu’à LREM. Ce résultat, s’il se confirme, serait le deuxième échec macroniste aux échelons les plus proches des électeurs en un an. Une nouvelle défaite acterait l’incapacité de LREM à réussir sa mue pour devenir un parti en prise avec la vie des citoyens, alors même que le RN aura montré une capacité à réunir les électeurs autour de son projet. Alors que la défiance envers la classe politique grimpe, la polarisation risque ainsi de se renforcer entre un parti élitiste au pouvoir, faiblement représentatif de la société française, et une lame de fond contestataire, présente depuis longtemps mais toujours bridée. Avec ce scénario, le parti de Marine Le Pen se révélerait comme un candidat plus que crédible dans l’opposition à Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle.

Pour espérer gagner LR doit incarner la rupture avec le macronisme

La stratégie de substitution à Macron est trop dépendante des résultats du président et laisse l’espace au RN pour incarner l’alternance. A l’heure actuelle le projet propre à LR reste essentiellement tourné vers la réaction face à l’action du gouvernement. Cependant, pour parler aux Français, un projet qui n’est pas basé uniquement sur les faits et gestes de la   macronie est essentiel. Le RN a très bien compris cette stratégie en prenant son rôle d’opposition quand il le faut tout en étant travaillant un projet politique en parallèle de la réaction aux actions de LREM.

LR doit rester un parti d’opposition pour incarner l’alternance à Macron. Là où LR possède des bases historiques et politiques fortes, LREM quant à lui est un parti essentiellement tourné vers les aspirations d’Emmanuel Macron. Ainsi, LR doit pouvoir capitaliser sur ses forces et son passé pour représenter le premier parti d’opposition à Macron en mettant fin à l’ambiguïté que certains cadres voudraient conserver au profit d’un front républicain apparaissant comme une incarnation de l’ancien monde.

LR doit se distinguer en se séparant de l’ambiguïté avec LREM et doit retrouver une ligne solide. Le nouvel électorat de droite n’attend pas un parti capable d’être un jour de centre-droit et l’autre jour le représentant d’une droite dure. Pour ne plus être identifié comme une opposition « molle » face à LREM mais bien comme une alternative, LR devra être capable de      présenter une ligne de rupture avec le projet macroniste.

En attendant, Emmanuel Macron continue de desservir le front républicain qu’il souhaite tant incarner en renforçant l’image du RN comme principale force d’opposition crédible et constante auprès d’une partie des électeurs. Comme la situation en PACA l’a montré ces derniers jours, un accord LREM-LR ne serait en réalité qu’un vecteur d’augmentation des voix en faveur du RN et d’un affaiblissement de la confiance des électeurs.

Par Marion Pariset et Hugo Ragain

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