Le tourisme culturel, moteur de la survie du tourisme à la française

Le tourisme culturel, moteur de la survie du tourisme à la française

Éditorial du Millénaire

Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État au tourisme, a estimé à la mi-septembre que les baisses des recettes touristiques au premier semestre 2020 devraient être contenues autour de -25%. Les tendances du tourisme français de cet été montrent en effet une reprise très progressive du secteur. Celui-ci commence tout juste à remonter la pente suite aux restrictions drastiques mises en place pour lutter contre le coronavirus. Si les aéroports commencent à accueillir de nouveaux des voyageurs étrangers, cette reprise reste suspendue à une potentielle deuxième vague de l’épidémie, en Europe ou ailleurs. La plupart des experts s’accordent par ailleurs à dire que nous devrons apprendre à vivre avec le virus pendant plusieurs années avant qu’une solution durable, telle qu’un vaccin, soit trouvée. Le tourisme culturel représente une opportunité pour maintenir à flot ce secteur qui représentait en 2018 plus de 56 milliards d’euros de recettes et plus de 2 millions d’emplois directs et indirects lorsque qu’on y ajoute l’événementiel culturel et sportif.

 

La France est la première destination touristique dans le monde, en termes de nombre d’arrivées. En 2018, 89 millions de touristes internationaux ont découvert ou redécouvert les trésors de notre pays, dont 70 millions d’européens. La culture française est l’une des principales raisons du choix des touristes, attirés par l’ identité forte de notre pays qui s’exprime notamment à travers le patrimoine culturel et gastronomique. 49% des touristes étrangers ont visité des sites culturels en 2018 :  le Musée du Louvre, le Château de Versailles et la Tour Eiffel ont à eux seuls reçu près de 22 millions de  visiteurs en 2017.

 

Pour répondre au besoin de relance des sites culturels, dont les pertes financières dues au confinement sont significatives, des start-ups du patrimoine ont lancé le mouvement « Cet été, je visite la France » avec le soutien d’Atout France, agence de développement touristique de la France. Faute d’actions du gouvernement, les acteurs de la culture ont dû trouver des idées pour attirer les touristes français. La plateforme de crowdfunding de préservation du patrimoine Dartagnans a ainsi mis en place, via des partenariats avec des sites culturels, des préventes solidaires valables 2 ans. 

 

Mais cette idée entre également dans un nouveau mode de tourisme qui se popularise de plus en plus : le circuit-court. Comme pour les denrées alimentaires, de plus en plus d’individus souhaitent favoriser un tourisme territorial, en faisant d’abord découvrir aux habitants leur propre territoire. L’an dernier, déjà 56% des Français envisageaient un séjour estival dans l’Hexagone. Avec la crise sanitaire, ils sont 67% en 2020. Il en est de même pour les pays limitrophes puisque 40% des Belges, 28% des Suisses et même 22% des Espagnols souhaitent visiter la France. Dans la région des Hauts-de-France, les sites touristiques ont même attiré en juillet plus de touristes belges, ceux-ci privilégiant la proximité à leurs habituelles villégiatures dans le Sud de la France.

 

Ce principe touristique de la proximité soulève cependant un problème : la majorité des lieux culturels français sont devenus, avec l’encouragement des pouvoirs publics, dépendant du tourisme étranger. Afin de limiter l’apport de financements publics, les sites ont augmenté les prix d’entrée, diversifié leurs activités en misant sur les ressources propres (boutique, location événementielle), et lancé des campagnes de communication à travers le monde pour accueillir des touristes venus de nouveaux pays, comme ceux d’Amérique du Sud. Ainsi, avant la crise sanitaire, 80% des visiteurs du Château de Versailles étaient étrangers, 70% pour le Musée du Louvre.  Cette dépendance se ressent particulièrement dans la phase de post-confinement, puisque les touristes étrangers, surtout Américains et Asiatiques, ne pourront se rendre en France cet été. Le président du Louvre estime que le musée n’accueillera que 5 000 à 10 000 personnes par jour contre 30 000 à 50 000 en temps normal quand le Château de Chambord accuse une perte de 10% de ses visiteurs. Les équipes doivent donc se réinventer pour attirer les touristes français, en espérant que la baisse de fréquentation de certains lieux incite plus de Français à s’y rendre, profitant de l’accalmie passagère des cohues habituelles.

 

Parmi les options qui s’offrent au milieu touristique pour se renouveler, le numérique est un passage obligé avec un fort potentiel. Le numérique est d’ailleurs apparu comme une solution rapide et durable pour garder un lien avec les publics pendant le confinement. L’opérateur français Atout France et Welcome City Lab ne sont pas passé à côté de l’opportunité et ont lancé un appel à candidature début 2020 pour trouver des solutions touristiques innovantes suite à la crise épidémique de la Covid-19. Applications, tablettes numériques, réalité augmentée ou encore réalité virtuelle, de nombreux sites tentent déjà d’attirer de nouveaux visiteurs grâce à ces nouvelles technologies, comme le Château de Chambord ou encore le muséo-parc d’Alésia. L’État doit soutenir cet apport des nouvelles technologies dans les structures artistiques et culturelles mais également encourager les collectivités territoriales à utiliser des moyens de découverte numérique. Cet investissement aura des retombées certaines sur les fréquentations.

 

Le tourisme culturel, à travers l’événementiel, les sites patrimoniaux et naturels, est définitivement l’avenir de notre tourisme en France mais le gouvernement doit investir afin d’en faire un moteur économique à long-terme, tout en valorisant bien davantage notre patrimoine culturel, artistique et naturel. L’été 2020 a peut-être été sauvé pour certaines régions, mais l’automne s’annonce morose pour les professionnels du tourisme qui craignent une seconde vague de l’épidémie, déjà bien engagée.

 

Alexandra Monet, analyste du Millénaire

Alexandra Monet

Alexandra Monet est analyste du Millénaire

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