La vision européenne d’Emmanuel Macron à travers ses discours de la Sorbonne et d’Athènes
French President Emmanuel Macron delivers a speech to set out plans for reforming the European Union at the Sorbonne in Paris, France, September 26, 2017. REUTERS/Ludovic Marin/Pool

La vision européenne d’Emmanuel Macron à travers ses discours de la Sorbonne et d’Athènes

   Synthèse : La vision européenne du Président de la République a été affirmée durant sa campagne et développée par les discours d’Athènes (8 septembre 2017) et de La Sorbonne (26 septembre 2017). Il ne faut pas se tromper sur la nature de cette vision : il ne s’agit pas d’un simple approfondissement de l’Union européenne, mais de sa transformation radicale, en un Etat fédéral. Ce discours volontariste s’apparente néanmoins à une fuite en avant qui ne prend en compte ni les inquiétudes légitimes des peuples, ni les réticences voire les oppositions des autres Etats-membres.

 

  1. Les faits : en dépit d’une approche incrémentale, en filigrane du discours d’Emmanuel Macron se dessine nettement la volonté d’établir un Etat fédéral européen

 

Ainsi, Emmanuel Macron a affirmé à Athènes que « La souveraineté véritable (…) doit se construire dans et par l’Europe » laissant entendre que la souveraineté nationale est insuffisante ou « fausse » – ce qui est paradoxal pour un chef de l’Etat qui y tire sa légitimité.

En outre, les propositions de son discours à La Sorbonne forment à petite touche un véritable dispositif fédéral, dans les domaines :

– économique et social par un budget de la zone euro et d’un ministre de la zone euro, ainsi que par un projet de convergence fiscale et sociale (SMIC unique ou dans une fourchette commune, harmonisation des cotisations, voire assurance chômage européenne)

– de la défense et de la sécurité (force commune d’intervention, académie du renseignement, parquet européen contre la criminalité organisée et le terrorisme, force européenne de protection civile, politique migratoire commune)

– industriel et agricole (programme européen de soutien aux véhicules propres et de déploiement d’infrastructures communes, refonte de la PAC, réponse commune au glysophate)

– du numérique et de la culture(agence européenne de l’innovation de rupture, programmes d’échange universitaire renforcés)

– politique  (établissement de listes transnationales dès les élections européennes de 2019)

  1. Notre position : ces propositions sont irréalistes et non souhaitables à plusieurs titres

a) Non-réalistes : elles ne prennent pas en compte non plus les positions des autres Etats
– En Allemagne, les négociations en cours en vue de la formation de la coalition menée d’Angela Merkel ont sans équivoque rejeté les propositions d’Emmanuel Macron relatives à la création d’un budget de l’eurozone
[1]

– Il est vraisemblable que la future coalition autrichienne dirigée par Sebastian Kurz en fasse de même

– Tout comme les pays d’Europe de l’Est ne manqueront pas de s’opposer à la constitution d’un « socle social européen », irréaliste pour eux

b) Non-souhaitables : elles ne répondent pas aux inquiétudes légitimes des peuples européens

– sur l’immigration,perçue comme le principal défi de l’UE pour 38% des européens (contre 24% en 2014 à l’échelle des 28) et premier thème mentionné dans 20 Etats membres sur 28 (CEVIPOF, juillet 2016[2])

– sur l’économie,avec des divergences de niveau de vie qui ne peuvent, en cas d’harmonisation, qu’être tirés vers le bas pour les classes populaires françaises en raison d’une compétitivité insuffisante, en particulier vis-à-vis de l’Allemagne

  1. Propositions

– Faire une revue générale des politiques publiques européennesafin d’identifier celles qui contribuent réellement aux intérêts français et celles pour lesquelles l’Europe n’est pas le cadre pertinent pour agir (sur le modèle anglais de Cameron)   

– La France doit utiliser toutes les marges de manœuvre actuellement disponibles pour promouvoir ses intérêts ou les défendre :davantage de lobbying, repolitisation et montée en puissance des services experts sur les questions européennes, coupes drastiques dans les politiques de surtransposition, création de filières pour parlementaires français.       

– L’Europe doit avancer par projets concretssur une base intergouvernementale, avec nos voisins avec qui il est pertinent de travailler, sur le modèle d’Airbus. Les projets peuvent alors porter sur un GAFA européen, sur un programme Erasmus plus ambitieux, sur une coopération militaire et policière renforcée, notamment en matière d’immigration. Sans abandon de souveraineté mais en coopération intelligente. 

[1]https://www.euractiv.com/section/future-eu/news/german-coalition-talks-reject-macrons-eurozone-budget-plan/ (“None of the participating parties support a eurozone budget,” said Reinhard Bütikofer, a member of the European Parliament »)

[2]Regrets, indifférence ou soulagement ? Les Français et l’abandon de l’Europe

 

Équipe du Millénaire

contact@lemillenaire.org

 

Vous avez aimé ? Suivez les actualités du Millénaire en remplissant le formulaire ci-dessous :

Cet article a 1 commentaire

  1. S’il vous plait évitez de colorer les polices en gris, cela tend le texte illisible !

Laisser un commentaire

Fermer le menu