La situation critique de nos centres-villes

La situation critique de nos centres-villes

Editorial du Millénaire

 

Déjà avant la crise sanitaire les centres-villes subissaient les changements de consommations et de locomotions de la population. Les cœurs de ville les moins dynamiques se vidaient   à grande vitesse pendant que la ceinture péri-urbaine se retrouvait remplie de centres commerciaux en tout genre permettant aux consommateurs de se sédentariser et d’effectuer tous leurs achats au même endroit tout en y passant une journée complète.

 

Dès 2013, Les Échos tiraient la sonnette d’alarme concernant nos centres-villes et leur désertification. Le taux de vacance dans le cœur des villes moyennes augmentait petit à petit en passant de 6 % en 2001 à 8,5 % en 2013. En 2018 ce chiffre arrive à plus de 10 % dans 70 % des villes françaises. Ce chiffre démontre que nos centres-villes vont mal et que ce passage à vide n’est pas récent mais est plutôt le long travail d’une politique de la ville bâclée et d’un rejet de notre consommation traditionnelle qui crée de la vie dans nos villes. Toujours dans Les Echos, en 2018 Franck Gintrand écrivain du livre « Le jour où les zones commerciales auront dévoré nos villes », montre le paradoxe du taux de vacances en montrant que depuis les années 30 le nombre d’établissement est passé de 1,4 million à 780 000 établissements, soit une baisse de plus de 40 %. Tout ceci alors que dans le même temps, la population française a augmenté de plus de 55 %. Tout n’est donc pas qu’une relation d’offre et de demande dans le paysage urbain mais bien de cannibalisation de la demande par les couronnes périurbaines.

 

Les centres commerciaux sont depuis plusieurs années un ennemi de taille des commerces de proximité. Ils proposent les mêmes prestations tout en proposant une offre totalement incompatible aux centres-villes. Il paraît totalement impossible aux commerces de proximité de mettre à disposition la capacité d’accueil qu’un centre commercial peut avoir. De plus il paraît logique qu’un magasin de taille relativement modeste ne puisse pas subvenir aux besoins instantanés de consommateurs refusant de plus en plus d’attendre pour un produit tout en se laissant tenter par le gros distributeur hors de la ville. Cette situation tendue entre centres-villes et zones commerciales créée des situations difficiles pour de nombreuse villes. A titre d’exemple la ville d’Agen a fait fermer deux magasins s’implantant dans une zone commerciale et a refusé une installation en centre-ville.

 

La destruction de nos centres-villes par les zones commerciales fut en parti justifiée par une thèse prédisant la grande création d’emplois qui pourrait suivre l’ouverture d’une zone commerciale en zone périurbaine. En réalité, un employé de petite surface et de magasin plus modeste génère en moyenne moins de chiffre d’affaires qu’un employé de grands magasins. Il est donc facile de voir qu’un employé de grande surface pourra avoir une plus grande amplitude dans la gestion des clients car il y a moins l’aspect commerce et conseil que dans un magasin de proximité où le but premier est d’avoir un contact clientèle. Le réel chiffre serait de 3 emplois détruits en centre-ville pour un seul emploi crée dans une grande surface.

 

A la fin des années 2000, une nouvelle mode dans le fonctionnement de la ville vit le jour, la ville numérique. Lorsque toutes les plateformes se targuaient de créer de l’emploi, dynamiser les centres-villes et refaire vivre la localité, les centres-villes se sentaient déjà menacés. Bientôt 13 ans après l’apparition d’AirBnb et 12 ans après Uber, les promesses semblent bien lointaines face à la réalité qu’ont créé ces plateformes. AirBnb mettait en avant une redynamisation de 42 % des quartiers grâce à la location peer to peer de courte durée. En réalité, les quartiers de location AirBnb se sont déshumanisés et ne sont plus que florilège d’appartements attendant le futur locataire qui ne fera pas vivre la vie de quartier comme un habitant le ferait. Les hôtels de ville se sont alors retrouvés face à une concurrence des plus déloyale ne leur laissant pas le choix que d’abandonner client et rentrée d’argent. Depuis 2008 le nombre d’hôtels est passé de 20000 à moins de 17000. L’appauvrissement de l’âme de nos centres-villes au profit des nouvelles big tech est donc combat primordial pour la survie du commerce de proximité et des rapports humains.

 

L’arrivée d’internet et des plateformes de distribution dans le monde du commerce aura été une vague dévastatrice dans l’écosystème commercial français. Ainsi, la transition numérique de nos petits commerces, qui a pris du retard, doit  désormais être une priorité à l’heure où de plus en plus de consommateurs se tournent vers internet pour leurs achats. Avec ce nouveau mode de consommation, les commerces de proximité doivent s’adapter pour être en mesure de répondre aux nouvelles attentes. Pour y parvenir, l’un des enjeux est aussi de lutter contre le manque de connaissances informatiques et l’illectronisme, premier symptôme de coupure sociale. Face à des commerces déjà en difficulté et durablement impactés par la crise, le plan de relance doit enfin permettre cette transition et recoller le retard concurrentiel des petits commerces face à la vente en ligne. La vente à distance semble alors inévitable pour que les centres-villes passent un cap dans l’offre de produits et services aux consommateurs soucieux d’évolutions et de changements.

 

Enfin, depuis les dernières élections municipales de nouvelles menaces pèsent sur nos centres-villes. Guidé par un écologisme destructeur, les nouveaux maires écolo oublient que nos centres-villes sont une partie de notre identité et de notre art de vie. Préférant promouvoir par idéologie des projets inules, ils dévitalisent nos centres-villes et mettent en dangers des commerçants déjà touchés par la crise.

Hugo Ragain

Analyste politique

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