Enjeux et opportunités du  report des élections régionales et départementales

Enjeux et opportunités du report des élections régionales et départementales

Éditorial du Millénaire

Lors du conseil des ministres du 21 décembre, le gouvernement a décidé de reporter les élections départementales et régionales de 2021. Si ce premier report était motivé par le contexte sanitaire, LREM compte bien tirer profit de ce changement de calendrier. Loin des préoccupations sanitaires, nous nous intéresserons ici aux opportunités électorales de ce report.  Désormais, pour LREM toutes les options sont sur la table pour limiter la déroute lors d’un scrutin qui semble perdu d’avance, y compris un second report de ces élections.

 

Le rapport préconisant ce report est le résultat de la réflexion de Jean-Louis Debré, ancien président du conseil constitutionnel qui voyait dans ce délai supplémentaire proposé pour l’organisation de ces élections une solution acceptable tant sur le plan sanitaire, juridique, que politique. Toutefois, LREM a décidé de tirer politiquement profit de cette modification de l’agenda électoral.  Dans la décision prise le 21 décembre dernier, une clause de revoyure fixée en avril 2021 vit le jour dans ce projet de loi qui n’est toujours pas passé devant le Sénat à l’heure actuelle. En rajoutant cette clause le parti présidentiel s’offre un moyen de s’adapter à la sanitaire, dont nous nous doutons bien qu’elle perdurera bien après le début de l’année 2021, et un outil pour modeler le calendrier électoral et créer les conditions politiques les plus favorables possibles. Désormais il est question une nouvelle fois de décider d’un report, non pas de quelques mois, mais post-élection présidentielle. Le parti présidentiel nous montre ici, que l’enjeu n’est plus seulement sanitaire.

 

LREM manque d’attaches locales et elle le sait. Lorsque l’on regarde les scores aux dernières élections municipales de 2020, aucune grande commune, mis à part celle du Havre n’a été remportée par le parti du Président français. Pire encore, les plus grosses défaites subies l’ont été face à des écologistes alors que Les Républicains étaient censés représenter la seulement opposition sur le plan locale au gouvernement. Si ces derniers ont remporté plus de 50 % des communes de plus de 9000 habitants et ont conforté leur stature de parti de la France des territoires, désormais même dans les métropoles LREM doit faire face à une opposition à sa gauche. LREM prouve une fois encore qu’il ne possède pas d’encrage locale, qu’il n’est pas le parti de la ruralité ni des localités,  démontrant sa difficulté à créer une attache territoriale et locale.

 

La déroute des législatives partielles de septembre 2020 a dû, elle aussi, peser dans la balance. Un abstentionnisme record ainsi qu’une défaite des 6 candidats LREM n’a pas dû rassurer l’exécutif quant aux chances de victoire de son parti dans des élections très marquées par les liens que peuvent avoir les élus territoriaux avec leurs territoires. Ces élections auraient pu servir à LREM de légitimité auprès des français en démontrant que même en plein milieu de son mandat Emmanuel Macron est toujours capable de fédérer et, surtout, de gagner. Le résultat est là 6 défaites sur 6 et un député de perdu. Alors que les élections intermédiaires n’ont fait que renforcer les oppositions, pour Emmanuel Macron l’objectif est de ne pas faire des élections régionales un obstacle de plus vers 2022. Ces élections révèleront les grands équilibres électoraux, et mettront en défaut la vision macroniste d’un corps électoral seulement partagé entre LREM/RN/LFI.  

 

Il est évident au regard des dernières débâcles de LREM que la volonté d’un report des élections régionales après les présidentielles n’est motivée que par des raisons politiciennes. Le parti présidentiel cherche à créer une démocratie à la carte, asphyxiant les oppositions de gouvernement et choisissant le calendrier qui lui est le plus favorable.

 

Lorsque l’on se sait incapable de gagner avec les forces existantes le plus simple reste encore de semer la discorde chez son adversaire. Emmanuel Macron nous avait déjà montré sa compétence à la tâche lors des élections de 2017 et il semble bien décidé à recommencer. Comme à chaque élection, les partis historiques cherchent un candidat, si possible le plus présidentiable. C’est alors que vient les primaires ou les nominations par le bureau des partis respectifs. Mais cette année le PS et LR voulaient attendre les résultats des régionales et départementales pour choisir d’abord quel mode de nomination choisir et ensuite quel candidat. Dans les partis nous assistons dès lors, au mieux à beaucoup d’incertitude, au pire à des guerres internes. Au PS, la primaire demandée par les militants ne semble pas être le souhait d’Olivier Faure, chez LR le flou reste de mise, le bureau politique décidant que  si un candidat dit « naturel » se détache il sera nommé sinon il faudra recourir à un « système de départage ».  Les élections régionales devaient donc être une répétition générale des élections présidentielles pour les grands partis, afin de remobiliser militants et sympathisants dans la conquête d’une nouvelle victoire nationale. Alors que le parti présidentiel ne possède qu’une seule tête d’affiche en la personne d’Emmanuel Macron, la question du candidat au sein de la majorité ne se pose donc pas et les élections où il n’est pas le candidat se soldent le plus souvent par d’importantes défaites. Comment ne peut-on pas voir ici une tentative de déstabilisation de l’opposition en profitant de la période floue pour tous ?

 

Lorsque le Président de la République et son gouvernement décident de reporter les élections ils décident aussi, de manière unilatérale, de créer une démocratie à la carte. Une démocratie où l’on profite d’une situation créant des tensions jamais vues dans notre pays pour essayer de mettre toutes les chances de son côté et sauver des élections que tout laisse à penser perdues d’avance.

 

Hugo Ragain, analyste au Millénaire

 

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