Électricité : bientôt le retour à la bougie ?

Électricité : bientôt le retour à la bougie ?

Editorial du Millénaire

 

« Mais alors vraiment à l’extrême, on peut envisager des coupures […] mais des coupures très courtes. » C’est par ces mots, que la ministre de l’écologie annonce en direct sur la première chaîne d’info de France, qu’en cas d’hiver rigoureux, celui-ci se passera au coin du feu. De quoi cela est-il le nom, l’indépendance électrique du plus grand exportateur européen est-elle a rangé au rang de mythe ?

 

Depuis bientôt un an une fâcheuse habitude a été prise, celle d’expliquer tous nos maux par la Covid-19. Alors qu’en matière de politique énergétique ce sont bien des choix politiques et le manque d’anticipation qui sont à blâmer. Les différents coups portés par idéologie à notre filière nucléaire, comme avec la fermeture de Fessenheim, les pertes de compétences et les défaillances de la gouvernance sur la construction de l’EPR, sont les véritables raisons du désastre énergétique en cours. L’hiver s’annonce d’ores et déjà long.

En effet, un risque de froid annoncé intense et prolongé, et une absence possible de vent, suffisent à mettre les EnR au ban, et font craindre une mise sous tension du réseau électrique particulièrement sévère en ce début d’année. Du côté des centrales pilotables, seules les centrales à gaz tirent encore leur épingle du jeu, mais pour combien de temps encore ?

La ressource gazière est importée, et surtout carbonée. Deux raisons qui font que la France devra une nouvelle fois compter sur la solidité de son parc nucléaire pour passer l’hiver. Avec le nucléaire, la France dispose d’une des électricités les moins carbonée au monde et d’un atout important pour sa souveraineté énergétique. Un parc qui est malheureusement mis à mal par l’absence de choix et une forme de complaisance du gouvernement à l’égard de mouvements décroissantistes.

La crise sanitaire qui frappe le pays, et notamment le premier confinement, a perturbé les opérations d’entretien du parc nucléaire français. En conséquence, 13 des 56 réacteurs ne sont pas aptes au service, dans un épisode hivernal qui s’annonce rigoureux. A cela s’ajoute, tel un symbole, la fermeture de Fessenheim représentant à elle seule 1.8 gigawatt de puissance installée. Contrairement à ses voisins européens, la France a su très tôt tirer profit et être à la pointe de l’industrie de l’atome. Ainsi, le parc électrique français fait figure d’exception, avec 70% de production électrique d’origine nucléaire.

Alors qu’avec la fermeture planifiée des centrales à charbon et au gaz, et avec l’électrification de nombreux procédés carbonés, nos besoins en électricité vont croitre. Pourtant dans le même temps, le gouvernement déconstruit un fleuron de l’industrie et de l’indépendance française. Actuellement, la gabegie EPR a d’ores et déjà plongé tout un secteur dans la crise. A plus long-terme, la trajectoire est tracée, ramener la part du nucléaire à 50% du mix énergétique français à horizon 2035, dans le cadre de la loi « Energie et Climat » de Septembre 2019.

Pourtant, en Décembre 2019, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a publié un projet d’avis favorable à l’extension de 10 ans de la durée de vie des centrales, fixée initialement à 40 ans. Ainsi, si la trajectoire est maintenue, la France se destine à subir la fermeture de centrales viables et sures, telle Fessenheim. Avec pour effet une fragilisation du tissu énergétique français, dépendant dès lors des sources décentralisées que sont les EnR, soumises elles-mêmes aux conditions météorologiques.

 

Dans ces conditions, comment passer l’hiver au chaud ? D’abord, grâce au nucléaire, en pierre angulaire de la stratégie de décarbonation de la consommation énergétique et de la tenue des engagements internationaux de la France. Une prise de conscience qui chemine dans les arcanes du pouvoir, à la vue des choix stratégiques illustrés par le plan de relance.

Mais le nucléaire, ne peut être la seule réponse pour assurer à la France son indépendance énergétique. L’équilibrage passera sans doute par l’efficacité énergétique, via des solutions de soutien au réseau.

La première est incarnée par une filière émergente, le demand-response. Elle consiste en l’effacement ponctuel, de grandes unités de consommations électriques industrielles. Les industriels sont ainsi rétribués et leur production possiblement basculée vers une source alternative, le plus souvent un groupe électrogène. A cela s’ajoute une solution diffuse, qui s’illustre par le déploiement de Linky en France. Ayant pour objectif un meilleur pilotage de la consommation électrique des ménages français, puisque connecté, il facilite également un délestage du réseau de particuliers.

 

Ainsi, si nous devons enrichir notre stratégie énergétique pour faire face à un hiver rigoureux et des besoins en hausse, le nucléaire reste toujours le centre de cette stratégie de souveraineté et d’efficacité. Nous ne pouvons pas mettre à mal cette industrie symbole de l’excellence française et se soumettre à des idéologues du chaos.

 

Par Florian Le Cron, analyste au Millénaire

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